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- J’étais donc affecté au DRA : Dépôt
de Rechange d’Alger. Cet ensemble est constitué de beaucoup de bâtiments, de
hangars et d’îlots à ciel ouvert, recouvertes de bâches. Toutes les pièces
détachées des véhicules de l’armée sont ainsi entreposées dans ce lieu. À
l’entrée, un bâtiment de la direction du site, le bureau du colonel et du
capitaine adjoint, un secrétariat dirigé par un adjudant-chef et deux femmes
civiles, le bureau d’un capitaine responsable des magasins. Plus loin, le seul
bâtiment à un étage, avec toute la logistique informatisée, les machines
fonctionnaient avec des bandes de papiers perforées, c’est le nec plus ultra du
moment, quelques officiers, et encore des civils, surtout des femmes :
pieds-noirs et arabes.
- Les chambres des sous-officiers du
contingent et leur réfectoire. Beaucoup plus loin, on trouve le casernement en
forme de U, couvrant, le foyer de la troupe, le réfectoire, les douches WC,
les chambres des hommes de troupe. Au milieu,
un bassin avec poissons et au centre le mat des couleurs. À l’entrée du dépôt
par lequel je suis arrivé, le bâtiment comprend : un poste de garde, le
téléphoniste, la chambre des militaires affectés aux services généraux et le
vaguemestre.
- Après cette description, j’ai subi ma
première journée. Désigné comme planton du capitaine responsable des magasins,
pendant le matin. L’après midi je change, le capitaine que j’avais vu à Alger
et qui se trouve être l’adjoint du colonel me prend à son service, j’intègre
donc le secrétariat. J’avais une petite pièce à moi, avec table, armoires de
rangement, Ronéo et photocopieuse. Vu le nombre de capitaine présent dans ces
murs, celui-là je le nommerais « mon capitaine » Je tiens à vous
signaler que je nomme les lieux mais aucunes personnes, de toute façon je ne me
rappelle que la moitié des noms.
- Il me fait venir et me demande de faire
le plan du dépôt, si c’était possible. J’ai dit oui mais il me faut du matériel
de dessin, table, règles équerres etc. Il va me les fournir. Le camp faisait
une superficie de plus de dix hectares, ce n’était pas une mince affaire.
Pendant ce temps je fais connaissance avec le personnel du secrétariat et le
téléphoniste qui bientôt va partir à la quille. Drôle de gars, celui-là, sur sa
table de nuit, il y avait, dans un cendrier, une grosse bille en acier, il me
dit un jour : « Tu vois, le matin en me levant, pour être tranquille
pour la journée je touche ma bille» Un jour, dans une chambre du
casernement de la troupe, j’ai surpris le colonel qui jouait aux cartes avec
des hommes. La déconctraction était de mise.
- Je visite tous les bâtiments, J’apprends
que le service de semaine était chargé de s’approvisionner des repas à une
unité de cuisine, stationnée plus loin à l’extérieur du camp. J’étais arrivé un
peu à l’improviste et le nombre de repas n’avait pas changé, d’où ce jour je
n’ai pas eu de repas. J’ai été surpris de l’ambiance du réfectoire : un
bidon isotherme était placé sur une table, les militaires tels des voraces, se
sont précipités avec leur fourchette en main. Ils piquaient un morceau de
viande, et je voyais ceux-ci repartir à leur place le bras levé, la fourchette
en l’air avec un morceau de viande. Lorsque je suis arrivé au bidon il n’y
avait plus rien, je n’étais pas le seul, il manquait beaucoup de part. Le soir,
j’ai pris du pain et j’ai mangé dans la chambre une boite de pâté de ma
réserve personnel. Le lendemain midi, un militaire aux épaules larges, plus
grand que moi, il me prend sous sa coupe, il me fait entrer dans le réfectoire
le premier, il annonce d’une voix forte, que tous n’étaient pas corrects avec
les nouveaux. Il me dit « prend ta part », les autres attendront. Il
me désigne une place, il s’assied avec moi et il me dit « Tu fais comme ça
tous les jours, il faut t’imposer »
- Par la suite, très peu de temps après, un
nouveau responsable du réfectoire a été nommé, un gars du Nord : un
ch’timi, comme il dit lui-même, sympa, l’ambiance a changé. Les tables étaient
servies avec des plats, un frigo conservait les boissons au frais, tout le
monde avait sa part.
- Les jours passent, je reçois ce que
j’avais demandé avec en plus, du papier Cançon et du papier calque. Il me
fournit aussi un vieux plan sur lequel
quelques bâtiments sont dessinés.
À partir de ce jour, tous les matins mon capitaine me demandait si
j’avançais dans mon travail. Au bout d’un mois, j’avais recopié l’existant mais
pour la suite je lui demande un décamètre pour mesurer les divers bâtiments et
pouvoir les situer. Le lendemain le chef des services généraux, un
adjudant-chef débonnaire, m’amène avec un sourire non déguisé, une boite en
carton sale et complètement désarticulée, contenant une chaîne d’arpenteur en
fer rouillé. Il me demande ce que je pouvais bien faire avec ça. C’est bien
mais il me faut un aide, seul je ne peux pas tenir les deux bouts. Mon
capitaine me dit de demander à chaque magasin de me fournir quelqu’un. Tous ne
sont pas coopératifs. Enfin deux mois plus tard je lui fournis un plan que
j’estime correcte avec les outils en ma possession.
Pendant ce temps à Alger, un putsch s’était instauré, le 22 avril,
des généraux s’étaient insurgés contre la politique du général, président de la
république. Il va sans dire que nous étions tous consignés. Au mois de mai tout
était revenu en ordre.
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