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- Georges demande :
- Dans tout ton récit, tu ne nous as pas parlé des relations que
vous, militaires aviez avec les Pieds-noirs et les Arabes.
- Oui en effet, nous étions présents pour
le maintien de l’ordre. Les Pieds-noirs nous reprochaient de ne pas prendre
parti pour eux, nous militaires du contingent, nous venions faire notre temps
de service et une fois terminé, nous repartions reprendre notre vie comme si
rien ne se passait en Algérie. Pour les Arabes, c’est plus nuancé, certains, les
plus nombreux, ne nous aimaient pas et attendait l’indépendance, nous étions
considérés comme encore des colonialistes. Pour les autres, pro-français, ils
avaient peur de notre départ. Ils avaient raison, de nombreux ont disparu,
d’autres ont été assassinés après l’indépendance. J’ai eu plus d’amitiés avec les Arabes qu’avec les Pieds-noirs.
- J’ai survolé ces deux ans, indiquant que
les moments les plus représentatifs. J’ai voulu vous faire connaître, la vie
d’un « planqué » vis-à-vis des autres appelés dans les Aurès
par exemple. L’armée, utilise des services, matériel, santé, transmission, etc.
Cela ne veut pas dire que ce sont des services de planqués, beaucoup ont payé
de leur vie pendant tout le temps qu’a durée cette guerre. Ce service était
présent dans les unités combattantes pour permettre les réparations des engins
automobiles de tout genre. Lors de nos classes, nous étions avertis que si nous
étions mutés dans ces unités, de ne pas prendre la tenue léopard. C’est peut-être
honorifique, mais de garder la tenue kaki. Certains convois, souvent les
camions du matériel, échappaient aux accrochages. Ils avaient, eux aussi,
besoins de pièces détachées. Il a été reconnu par la suite que des unités de
Fellaga venaient au dépôt pour s’approvisionner.
- Je n’ai pas connu ces temps forts que ces
militaires d’actions ont pu éprouver entre eux, la solidarité, la camaraderie.
Un jour que j’étais de service de semaine,
nous avons reçu un détachement d’une quinzaine d’hommes en transit chez nous.
Ils venaient du sud algérien, sur un piton comme on disait, installé en
altitude sur un promontoire, cela faisait plus de six mois qu’ils n’avaient pas
quitté ce lieu. Je les ai accueillis, j’ai préparé dans le réfectoire un repas
avec tout ce que je pouvais satisfaire leurs demandes. Ensuite, dans un espace
libre du camp, ils avaient dressé des tentes. Ils ont fait un feu et autour ils
se sont installé, un gars avec une guitare, fredonnais une chanson, tous
écoutaient en silence. J’ai ressenti à ce moment là, tous les liens qui les
unissaient, ils vivaient cette aventure hors du temps. Au réfectoire, tout
avait été rangé et nettoyé, en plus, ils ont un savoir-vivre.
- Ce que je regrette maintenant, c’est que
le service militaire par conscription n’existe plus, ce temps de mélange de
toute la population avait un effet positif
dans la relation entre nous. Ceux qui n’ont pas connu ce temps, disent
qu’ils ont un manque dans leur vie. En effet négatif, on peut citer que ce
moment coupait les études et l’évolution de la vie professionnelle. On ne peut
pas tout avoir. Ce qui pourrait exister, c’est une réunion de citoyenneté de
trois mois environ, après que chacun aura terminée leur étude.
- Eh bien ! C’était passionnant ton
histoire, dit Éva, tu devrais en faire un livre.
- Tu crois que cela intéresserait
quelqu’un ?
- Sûrement pas ceux qui en ont bavé, mais
les autres comme toi qui ont passé leurs temps en dilettante.
- Dilettante, c’est peut-être un peu fort,
certains jours ont été pénibles. C’est vrai le temps ne m’a jamais semblé long
sauf les dix derniers jours.
Gérard devient silencieux, il est dans ses
pensées, il semble être retourné dans cette ambiance. Il regarde tout le monde
autour de la table, chacun se préparant à attaquer le repas disposé devant eux.
Gérard trouble ce silence en regardant Georges :
- Mon pauvre Georges, le jour de ton
anniversaire, je t’ai un peu volé la vedette.
- Ne t’en fait pas j’ai été heureux
d’entendre ton histoire, c’est vrai tu pourrais la mettre en page comme
témoignage.
- Déjà, certains l’ont réalisé, mais
c’était surtout pour témoigner de la sauvagerie de cette époque et évoquer la
situation de la France : les différents conflits entre les
antagonistes : Les Pieds-noirs, les Arabes, le FLN, l’OAS.
- Alors quand écris-tu ce bouquin ?
- Je vais y penser.
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