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En ce jour de juillet pluvieux, ils sont
réunis tous les six, entre amis, pour fêter un anniversaire, celui de Georges.
Ils avaient choisi ce dimanche, pensant qu’en juillet le beau temps serait
présent. Un barbecue était prévu, mais le ciel avait décidé autrement. Georges et sa femme Juliette, Michel avec sa
copine du moment Éva et Nicole et
Gérard, les anciens du groupe, sont assis autour d’une table à l’intérieur car
la terrasse est battue par une pluie bien nourrie.
Georges vient d’avoir ses trente-six ans,
c’est un petit brun, il porte une moustache depuis plus d’un an, ce qui le
vieilli un peu. Il s’affaire autour de ses convives, il faut que tout soit au
carré. Sa femme Juliette, une brune aussi, est un peu effacée, elle aide son
mari et ne dit mot. Michel un jeune, la vingtaine d’année, est un collègue de
travail avec Georges et en tant que tel il a été invité avec sa copine Éva, une
blonde aux cheveux courts, elle est pétillante elle parle beaucoup. Enfin les
plus vieux du groupe de cette journée : Nicole et Gérard. Lui est à la
retraite et c’est un ancien collaborateur des deux autres, sympathique, il a
toujours gardé un contact avec ses amis de travail. Il a les cheveux
grisonnant, porte des lunettes et il est encore dynamique pour son âge. Nicole
son épouse la cinquantaine passée, a
l’allure d’une bonne grand-mère : cheveux très court, d’une stature forte
agrémentée de quelques bijoux.
Le repas se déroule avec bonne humeur et il
est apprécié par tous, les discutions sur tous les sujets sont abordés avec
forces détails plus ou moins désopilants, chacun ayant des avis
contraires, comme toujours dans les réunions. La vie chère, les enfants, les
dernières sorties qu’ils ont pu faire ensemble, les vacances, un peu le travail
mais juste un petit peu, voila les sujets principaux que le groupe a abordés.
Le repas touche à sa fin. Le gâteau traditionnel d’anniversaire illuminé par de
nombreuses bougies est déposé sur la table. Georges après avoir soufflé les
chandelles, ouvre une bouteille de champagne que chacun déguste avec
délectation. Une fois le gâteau englouti, Juliette invite les convives à passer
au salon pour le café et éventuellement le pousse-café. Certains s’avèrent
avoir quelques difficulté à se lever, le repas était copieux et la boisson trop
bonne. Une fois que tout ce beau monde se retrouve assis dans les fauteuils,
voila que Michel sérieux aborde un sujet sur les militaires :
- Depuis que le service militaire par
souscription est terminé, nous sommes tranquilles.
Juliette réagit :
- Oh ! Comme tu es sérieux d’un seul
coup !
- C’est un sujet qui me vient à l’idée, il
est vrai que ça devenait barbant d’arrêter ses études pour aller faire le
guignol chez des professionnels du métier. Les gradés se croyaient être les
seigneurs de la guerre et faisaient se rabaisser les pauvres appelés.
Éva réplique :
- Oui mais c’était de faire voir à certains
jeunes, une autre façon de la vie, le mélange des différentes couches sociales
et d’ethnies, c’était favorable pour la
suite de leurs existences. Regarde,
maintenant les jeunes sont désemparés, leurs énergies éclatent dans les rues et
les cités. Ils manquent de tolérance, qualité que l’on append en collectivité.
- Oh ! Je ne savais pas que tu
connaissais ce problème, tu as raison, mais reconnais que nous sommes
tranquilles de cette coupure. Même, si l’on pouvait partir après les études
grâce à des demandes de dispense, au retour, dans l’activité du travail, la
recherche le l’emploi était plus problématique.
Georges prend la parole :
- Vous êtes bien jeune, vous n’avez pas
connu ce temps du service militaire, moi j’ai fait parti des derniers à l’avoir
accompli, un an c’était vite arrivé, c’est comme une année sabbatique dans son
travail.
- Une année sabbatique c’est toi qui l’as
décidé et ce n’est pas le bagne, Faire son service, on te l’impose. Tu en as un
bon souvenir ?
- Oui dans l’ensemble, les périodes les
plus dures passent vites, ce sont les classes, mais les autres sont vraiment de
la rigolade et de bons souvenirs, à ceux qui n’ont pas connu ce temps,
reconnaissent qu’ils leur manquent quelques choses, pas d’histoires à ce
rappeler.
Michel lance :
- Moi ça ne me manque pas,
Il
regarde Gérard et dit :
- Gérard tu ne dis rien ! Tu es le
plus vieux de nous tous, tu as donc fait ton service, quand était-ce ?
- En 1960.
- Oh ! T’as fait la guerre en
Algérie ? Demande Éva.
- Je dirais plutôt : j’ai fait mon
service militaire en Algérie, pas la guerre.
- Explique-toi.
- Tout d’abord, le terme de guerre a été
décidé bien plus tard une fois que cette période était terminée. Ensuite je
n’ai pas connu comme il est souvent évoqué par les médias : les attaques,
les raids, les accrochages, je n’ai jamais connu ce genre de situation, ni vu
de morts.
- Tu as fait combien de temps ?
- Vingt-six mois,
- Ouf ! Fait Éva.
- Comme tu dis, je ne le regrette pas.
- Pourquoi, vingt-six mois c’est très
long ?
- Le temps normal était à cette époque de
dix-huit mois, pour faire cette opération en Algérie, on était maintenu jusqu’à
vingt-quatre mois et après suivant les événements on était super-maintenu, pour
moi, j’ai eu deux mois de plus.
- Ce n’est pas drôle, quand je pense à ces
militaires loin de leurs familles, ce devait être difficile.
- Comme tu dis, j’étais célibataire et fils
unique. Ma famille : mes parents que j’ai laissés en métropole ainsi
qu’une grand-mère parisienne. Je vais vous l’avouer, j’étais bien content de me
séparer un peu de leur emprise, comme j’étais toujours prêt à partir n’importe
où, un voyage payé par l’état ça ne se refuse pas et celui-là on ne peut pas le
refuser.
- Enfin, en Algérie ce n’était pas de tout
repos, tu pouvais ne pas en revenir, avance Juliette.
- Oui mais à vingt ans on ne pense pas à
ça.
-
Tu en as bavé ?
- Non je faisais partie des
« planqués » comme on dit. Non pas de ma volonté, le destin a joué en
ma faveur.
- Tu n’étais sûrement pas le seul à être
dans cette condition.
- Oui bien sûr, beaucoup comme moi se sont
trouvé en dehors des combats, mais je suis un peu écœuré de voir certains de
ceux-là, dire que c’était dur, qu’ils en ont sué, qu’ils ont vécu des scènes
horribles. Ils se sont fait « mousser » à leurs retours comme on dit
vulgairement, enfin, ils se sont précipités au retour, pour prendre la carte
d’ancien combattant quand cela a été décrété comme guerre.
- Mais d’autres ont été dans des situations
critiques comme ceux que tu évoques.
- Bien sûr, je les respecte, mais ceux-là
ne se font pas connaître ou si peu, ils gardent leurs souvenirs, ils n’en
parlent pas ou peu. Il y en a aussi qui ne sont pas revenu. J’ai appris, pas
longtemps après ma mutation, qu’un de mes camarades, était décédé. Il habitait
la même ville que moi. Ce que je n’ai pas admis que ses parents ont dû payer le
drapeau qui recouvrait le cercueil. Une modique somme, mais c’est le principe
que je n’admets pas.
Éva continue :
- Tu étais planqué as-tu dit comment se
fait-il ?
- J’ai été affecté dans une unité de
service, arme dite non combattante. Des militaires d’un service sont quand même
tombés pendant cette période sans combattre : explosions, balles perdues,
attaques lors des convois, etc.
Éva continue :
- Nous sommes là bien au chaud, vous les
hommes avec un verre de Cognac, dehors il fait un temps de chien, j’aimerais
que tu nous contes tes aventures en Algérie, si toutefois les autres acceptent.
- Oui raconte, dit Nicole qui n’avait rien
dit encore, tu n’en m’as beaucoup parlé depuis que nous sommes ensemble.
- Je ne sais pas si de raconter cette
époque ne va pas vous lasser, vous décrire des événements que vous n’aviez pas
connus et surtout personnels.
- Raconte dit Georges, ceux que je connais
qui comme toi sont allés en Algérie n’en disent pas grande chose.
Gérard après une hésitation, vide son verre
d’alcool, se cale dans le fauteuil et se lance dans sa narration.
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