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   - Tu travaillerais dans une entreprise en Afrique, c’était pareil, ton service militaire ne ressemble pas tout à ce que nous en fassions, remarque Michel

   - C’est pour cela que je dis : je n’ai pas fais la guerre d’Algérie seulement mon service militaire. Pour moi, je peux maintenant considérer mon séjour comme avoir été dans une grande colonie de vacances. Je continue c’est bientôt la quille :

   - Avec le carton de mon permis j’ai reçu la notification de mon grade de Maréchal des logis à compter du premier mai. J’ai changé de chambre, j’ai reçu une solde plus importante, repris du service de garde comme chef de poste et comme sous-officier de semaine.

 

   - Mon capitaine, pour fêter cette promotion, m’a invité à la réunion mensuelle de gradés. Il y avait de présent, les sous-officiers et les officiers du DRA. Champagne et petits gâteaux étaient de la fête, j’étais gêné, ce n’était mon truc.

 

   - Mes deux premières soldes avec mon reliquat de vaguemestre m’ont permis de faire une folie : un magnétophone. J’en rêvais depuis longtemps. J’ai enregistré des morceaux de musique avec un électrophone et des disques que je suis arrivé à emprunter parmi les militaires. Mon courrier était devenu plus vivant, j’enregistrais des messages sur une bande que je faisais parvenir à mes correspondants. Pour mes parents il fallait qu’ils louent un appareil pour me lire et me renvoyer leurs messages.

 

   - Avec un nouveau qui venait d’arriver, un féru d’électronique comme moi, on s’était bien entendu. Un dimanche, avec un poste de radio qu’un pied-noir m’avait laissé lors de son départ, nous avons décidé de faire un émetteur, il a été réalisé et la portée était honorable : cinq cents mètres et en grandes ondes. Nous diffusion de la musique enregistrée sur  mon magnétophone et quelquefois des messages concernant le camp.

   - Toujours en bricolage.

 

   - Nous avions les cheveux longs, depuis quatre mois nous n’avions plus de coiffeur. Nous étions aussi consignés, donc pas possible d’aller en ville. Nous avons décidé un soir de se couper les cheveux, nous avons trouvé les outils de coiffeur. Chacun notre tour nous sommes passé comme cobaye aux mains de nos camarades ; une bonne partie de rigolade.

   - Adroit comme tu es, ça ne t’a pas posé de problème ?

   - Effectivement pour les autres, c’était à peu près potable mais pour moi, ouille j’avais parait-il des trous de tondeuse un peu partout, avec le calot ça ne se voyait pas. Mon capitaine était content de notre initiative.

 

   - Le 8 avril, la France avait voté par référendum pour l’indépendance de l’Algérie. Ici les Algériens l’ont entériné le premier juillet. À partir de cette date, l’armée a commencé son évacuation du territoire. Les soldats FSNA disparaissent de l’armée française. Une remontée des militaires du sud algérien s’est amplifiée. J’ai donc connu une augmentation de gradé de tout genre, ce qui fait que les tours de garde se sont espacés considérablement. Autre fait aussi, le départ de ma classe qui devait se faire mi-octobre, a été avancé vers le 22 septembre, conséquence, le père cent que nous devions fêter le 14 juillet à ce jour nous n’étions plus qu’à soixante jours. La fête a été supprimée.

   - C’est quoi le père cent ? Demande Éva.

   - Lorsque nous sommes à cent jours de la quille, on fête cela en réjouissance : repas entre nous, éventuellement on invite d’autres militaires et si ce jour on n’était pas consigné, on sortait en ville.

 

   - Alors la quille c’est pour quand ? Demande Michel.

   - J’y arrive.

   - Pourquoi la quille ? Demande Éva.

   - Tu arrêtes de poser tes questions. Tu ralentis la narration.

   - Elle a raison, je peux répondre. Dans le temps passé, les bagnards qui revenaient chez eux, attendait avec impatience un bateau qui se nommait « La quille », les militaires du contingent l’on repris à leur compte, mais c’est  très mal vu par les gradés : l’armée ce n’est pas le bagne. Je termine et je me dépêche, la nuit est maintenant arrivée.

   - Ne t’inquiète pas j’ai prévus un encas pour le dîner, avance Juliette.

   - Bien, pendant le mois d’août, tous les jours de nouveaux arrivants, des têtes comme on dit. Des ingénieurs en physique et surtout nucléaire,  remontaient de Réganne localité où  les premiers essais de la bombe atomique française avaient eu lieu.

   - Ils n’étaient pas radioactifs ? Demande Éva.

   - À cette époque on ne parlait pas de ce phénomène. Pour moi, depuis que je n’étais plus vaguemestre, mon capitaine m’avait affecté responsable d’un magasin de pièces détachées. La garde devenait épisodique avec cette recrudescence de sous-officiers, j’étais tranquille.

 

   - Les civils disparaissaient aussi, ils partaient pour la métropole, Le prix des voitures devenait abordable, une Simca Aronde souvent neuve, se monnayait cinquante mille francs, et s’ils ne trouvaient pas acquéreur, ils la brûlaient pour que les Arabes ne la récupèrent pas. Sur la route qui menait à Alger on pouvait voir de nombreuses carcasses brûlées.

 

   - J’ai été contacté comme les autres de ma classe, par le service armé, pour me demander si la vie militaire m’avait plu. Il me proposait de m’engager dans l’armée ou dans la gendarmerie par exemple. Le grade redescendait pendant un certain temps, puis revenait à celui du départ. Très peu pour moi.

   - Alors là je t’approuve, dit Michel.

   - Mon capitaine m’appelle, pour me dire qu’il donnait un avis défavorable au grade de Maréchal des logis chef de réserve, il jugeait que je n’avais pas la fibre militaire, ni de chef, il reprochait que j’étais toujours avec la troupe.

   - Qu’est-ce que cela lui faire ?

   - C’était un militaire pur et dur. J’y ai gagné, cela m’a permis de ne pas faire des périodes pendant la vie civile.

 

   - Au mois de septembre vers le 10, j’ai eu ma feuille de route, mon départ était programmé pour le 20, À partir de ce moment,  je commençais à compter les jours, je ne faisais plus rien, j’avais été remplacé au magasin, J’avais depuis un certain temps envoyé toutes mes affaires civiles que je possédais par des colis à mes parents, dans ma valise il me restait qu’un change de sous-vêtement, mon nécessaire de toilette et le magnétophone.

 

   - Le 20, sur le quai, j’ai retrouvé quelques amis de mes classes. Nous avons embarqué sur le paquebot le « Ville d’Alger » Nous avions des chaises longues sur le pont supérieur. Les cabines étaient pour les officiers et si vous étiez fortuné il y en avait de libre. Nous avons navigué toute la nuit, nous avons accosté à Marseille dans l’après-midi. Sur le quai en face une rame de train à destination de Paris était en stationnement. J’ai grimpé dans un compartiment avec quelques-uns autres. À Lyon, je les ai quittés pour une correspondance. Mes parents  m’attendaient, il était trois heures du matin du 22.

   - J’étais en permission libérable, donc encore militaire jusqu’au 23 octobre, ce jour là, j’ai remis mon paquetage militaire à la gendarmerie. Aussitôt, direction la préfecture pour faire transformer mon permis de conduire en celui de civil.

   - Pas bête, comme cela ça ne ta rien coûté.

   - Seulement le timbre et deux ans de ma vie, ne faut pas l’oublier

.

   - J’ai repris mon travail chez mon patron le deux novembre. Mon collègue que j’avais loupé en Algérie m’a expliqué ce que je ne savais pas : son travail, se trouvait au service des effectifs à Alger. Un jour, une lettre de recommandation pour un militaire émanant  d’un ministre a été oubliée, ce militaire a été envoyé dans le sud, mon collègue s’est fait remonter les bretelles comme on dit vulgairement. Quand il a vu ma présence sur les listes, il est intervenu au service correspondant du centre d’instruction pour dire, pour celui-là, si une place est libre pour Alger, donnez-lui. C’est pour cela que j’ai été muté à Alger sans savoir pourquoi, on est souvent mieux servi par un subalterne qu’un gradé haut placé.

    - Ah ! La vache ! Pistonné que tu étais, et tu ne savais pas.

   - C’est un peu dommage, j’en aurai peut-être plus en profiter. À mon corps à Alger, ma fiche devait être signalée d’un indice spécial, toutes mes demandes ont été acceptées rapidement.

   - À table, annonce Juliette.

   Lentement ils se dirigent vers la table un peu ankylosée, d’être resté assis toute la journée. Chacun faisant un peu de marche dans le salon pour se dégourdir les jambes.

 

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