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Nous commençons par une visite médicale, une de plus, cela nous a été
favorable : le chanteur a disparu. Ensuite, nous avons été donneurs
volontaires de sang, « obligatoire » Ensuite, on nous a présenté
notre responsable de notre groupe : un lieutenant, sympa, on ne l’a très
peu revu ensuite.
- Pendant ces classes, nous avons appris,
la marche cadencée, une, deux ou plutôt : and, dé ou yaourt, hiiire, je ne
sais pas comment cela s’écrit, mais le son s’en approche. Ensuite les
différents grades de l’armée, nous sommes appelés servant et non soldat car
nous sommes dans un service. Ensuite c’est l’apprentissage à faire un lit au
carré, nos vêtements du paquetage pliés au carré dans nos casiers, cirer nos
chaussures y compris la semelle, faire la poussière sur nos châlits, enfin nous
étions devenus de vraies petites ménagères.
- Nous avons appris ce qu’est un FSE :
Français de Souche Européenne, en opposions avec les FSNA : Français de
Souche Nord Africaine. Je n’ai pas vu de noirs africains.
- Ce
qui m’a surpris, c’est la paye, nous la recevions toutes deux semaines environ.
Une misère mais c’était toujours ça et en plus à chaque fois on recevait huit
paquets de cigarettes, moi je ne fume pas, je les revendais aux fumeurs ou
elles devenaient les mises au poker, quelquefois je les gagnais aux fumeurs. Il
y a des petits profits que l’on ne peut pas laisser passer.
- Tu te débrouillais comme tu pouvais, dit
Georges.
- Oui, c’est cela. Un mois est passé, le
samedi des vaccins obligatoires est arrivé. On nous a injecté en série, à
la queue leu-leu, les piqûres pour le T.A.B.D.T et le typhus, ouille celle-là
fait très mal, ces week-end nous restions en chambrée, il était interdit de
manger de la viande. Certains ont passé outre, ils ont été malades. Le rappel
de ces piqûres survenait deux semaines plus tard : même punition.
- Ce que je n’aimais pas beaucoup c’est le
parcours dit du combattant. De petite nature, pas musclée comme un Apollon,
essoufflé pour un rien, je maudissais ces jours là ; je terminais mais bon
dernier.
- J’aurai voulu te voir. Hi !
Hi ! Rigola Éva.
- Il n’y a rien de drôle, réplique Georges
- Enfin la première permission à Alger est
intervenue au bout de deux mois. Les camions nous ont conduit en ville. Je faisais
parti du même groupe de cinq dont le bordelais, nous nous entendons bien.
Visite de la ville, la poste, la place du gouvernement, la rue Michelet, enfin
tout le centre. On a aperçut le début de la casbah mais interdiction d’y
pénétrer. Point de vue des autochtones, pas de surprises : des hommes en
djellaba ou habillé en européen, quelques femmes voilées mais pas toutes,
seulement les plus âgées. Les enfants, les garçons surtout, avec leurs caisses
en bandoulière, déguisés en petits cireurs. Leur jeu était de jeter la caisse
devant nous pour nous arrêter, et ensuite ils se lançaient sur nos chaussures.
La première fois c’est amusant mais après une dixième fois dans l’heure, ça
devenait agaçant. Nous avons aussi été
accostés par des vendeurs ambulants de tapis ou de montres. Un repas pris dans
un restaurant, puis le retour au camp, là, dans le camion, mon casque lourd
tout neuf avait disparu, j’ai donc récupéré un vieux tout cabossé.
- Parce que vous deviez porter un casque
pour une permission ? Demande Éva.
- Non, pas pour les permissions, mais à
partir du moment que l’on montait en camion, c’était obligatoire.
- J’ai été choisi avec d’autre, pour suivre
un peloton d’homme de troupe, en fait pour devenir brigadier, c’est le nom
des caporaux des services, soit deux mois supplémentaires. Je suis devenu
« appros », c’est à dire ma spécialité dans l’approvisionnement du
matériel. J’ai suivi des cours pour apprendre comment gérer un magasin de
pièces détachées, remplir divers documents et faire des commandes. Peu
intéressant quand on n’est pas confronté à ce type de travail. Les cours
étaient très libres, on suivait ou pas, certains lisaient, d’autres jouaient
aux morpions ou aux cartes, l’instructeur, un maréchal des logis, s’en moquait
et laissait faire.
- Un maréchal…De quoi ? Demande Éva.
- Maréchal des Logis, c’est le mon d’un
sergent dans un service. Il est à noter que ce titre était sous l’Empire, donné
aux hommes chargés de trouver lors des campagnes militaires, des logements pour
les officiers d’où ce nom de logis. Entre nous, nous les nommions en
abrégé : MDL.
- Eh bien tu en connais des choses !
- Certains jours, au petit matin, on
partait pour le stand de tir, il se trouvait à environ trois kilomètres au bord
de la mer. On y accédait à pieds par un petit chemin. Pour la matinée, j’avais
sur moi, une tablette de chocolat au lait et un paquet de petit beurre. Il ne
faut pas se laisser abattre.
- Je te reconnais bien là, gourmant comme
tu es, lui dit Nicole
- Chacun son tour, en série de huit, nous
tirons sur des cibles disposées à cent mètres ou deux cent mètres contre les
dunes.
- C’est les seuls tirs que tu as
faits ?
- Non, au camp, il y avait un stand de tir
où nous allions quelquefois faire des exercices, de jour comme de nuit. Pendant
toutes ces séances de tirs, ce sont les seules détonations de cartouche
entendues de mon service militaire.
- Les militaires coiffeurs dans le civil,
proposaient leur service, une coupe avec eux était mieux faite, une petite pièce
récompensait le travail. Moi j’avais un don pour repasser, de temps en temps
j’avais une lessive complète à repasser.
- Comme dans tous les corps de l’armée il
doit y avoir une infirmerie avec des infirmières, demande Michel hilare.
- Eh non ! Au camp que des
infirmiers, pas de femmes, je sais pour y avoir été, Un jour je me suis
réveillé avec une « chique » à gauche, sous la mâchoire, une grosseur
énorme, je me suis porté consultant. Le dentiste me l’a fait dégonfler, une
dent avait pris de l’air. J’y suis retourné deux fois pour la soigner.
- Un autre jour où j’ai été forcé de me
rendre à l’infirmerie, c’est à l’issu
d’une manœuvre, j’ai été malade, le foie n’avait pas apprécié que je me déplace
en rampant. Trois jours que j’y suis resté, le dernier jour, les collègues
« malades » et moi nous avons nettoyé toutes les vitres avec de
l’alcool et du papier journal. Ensuite, tous au lit, couverture au menton, pour
cause de visite d’un général.
- Ils sont fous ces militaires, tout en
façade, petit doigt sur la couture et j’en passe, dit Georges
- Dans le matériel comme dans les unités du
train, on passe tous les permis de conduire. Ceux qui avaient la chance d’avoir
celui du civil, devenaient moniteurs à ceux qui ne les possédaient pas. Je
n’avais pas le civil mais étant V3 j’en été dispensé. Je pensais pouvoir avoir
ce permis et ensuite le faire transformer à mon retour, c’était foutu.
- Là, tu as sans doute regretté d’avoir
triché à Limoges.
- Oui et non si l’on m’avait attribué un
V2, je ne me trouverais pas dans un service mais sans doute dans une arme
combattante.
- T’as raison, continue, lui demande
Georges.
- Nous étions quatre dans le même cas.
Pendant que les autres s’amusaient à conduire sur le circuit prévu à cet effet,
nous étions de service de ramassage des poubelles. Étant de nature le plus
frêle des trois autres, je triais dans le camion, mes camarades montaient les
gamelles et les vidaient dans le véhicule. C’est fou ce que l’on peut trouver
dans les poubelles, je récupérais les livres, des BD et aussi des vêtements ! Cela a duré deux
semaines.
- Tu n’as pas eu le permis à l’armée ?
Lui demande Michel.
- Si, plus tard, attend la suite, à moins
que je commence à vous barber avec mon histoire.
Tous
en cœur :
- Non ! Non Continue.
- Nous avons commencé à faire des gardes de
nuit. Quand mon tour fut venu, j’étais très perturbé, j’en n’ai pas dormi de la
nuit, j’ai englouti presque un demi-kiloo de sucre. Dans les miradors, au mois
d’octobre, la nuit il fait froid et le temps ne passe pas vite.
- Au début du mois de novembre, j’ai été
contraint de participer à une patrouille à l’extérieur. Tout s’est bien passé,
il faut dire que le bâtiment de l’armurerie se situait en limite du camp et que
l’autre coté de la route il y avait des petites maisons, genre bidonville. La
bande de gamins nous regardait et écoutait ce que nous pouvions dire, le secret
de notre patrouille, de ce fait, n’était pas fiable. Au retour, le chef de la
patrouille nous demande d’enlever les cartouches de nos fusils, Tous les autres
l’ont fait, pas moi, je ne les avais pas mis au départ, c’est passé inaperçu.
- Tu étais vraiment fleur bleue, pas du
tout impliqué dans cette guerre, avança Georges.
- Oui, ou plutôt inconscient.
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Pour le 11 novembre, nous étions désignés pour défiler dans le patelin d’à
coté : Alma. Plusieurs jours ont fallu pour que la coordination de nos
mouvements de marche cadencée soit correcte. Les répétitions se succédaient
toute la journée de la veille. Le soir fatigué, au lit, avec cette bêtise qu’au
passage de nos responsables avant l’extinction des lumières, il faut fermer les yeux. Je me suis endormi de suite,
mes lunettes dans les mains. Le matin mes lunettes étaient tombées par terre,
en morceaux. J’ai donc défilé, sans mes yeux de rechange.
- C’est vrai que sur la photo que tu as ramenée, tu regardes le
dos du soldat qui est devant toi.
- Je ne pouvais pas faire autrement et
ensuite je l’ai toujours suivi jusqu’au camp.
- Je me suis donc porté consultant, j’ai
fais un voyage à Alger pour consulter un ophtalmologue à l’hôpital militaire.
Me voici donc non voyant pendant une semaine en attente de ma nouvelle paire de
lunettes. Je n’osais pas sortir de la chambrée, j’étais incapable de
reconnaître un gradé que je pouvais croiser.
- Début décembre, avec mes nouvelles
lunettes rondes en acier chromé, type sécurité sociale, nous avons fêté la
Saint Éloi, le patron du matériel, repas améliorés et quartier libre pour la
journée. Promenade dans Alma, visite des bordels pour certains.
- Pas pour toi ? Demande Éva.
- Non ce n’était pas mon truc.
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