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   - Comme tous les hommes de ma génération, le service militaire était obligatoire. La durée officielle était en 1960, de dix-huit mois, mais je savais que si je partais en Algérie ce serait de vingt-six mois minimum.

   - Tu l’as déjà dit, avance Éva.

   - Donc début de cette année,  j’ai subi  la sélection de l’armée. Les trois jours comme on disait en ce temps là. Avec  ma petite valise, j’ai pris le train pour Limoges. À la gare des Bénédictins, un comité d’accueil était présent et attendait tous les postulants. Un camion nous a embarqué au centre d’évaluation. J’ai connu pour la première fois le mélange des mondes : intellos, ruraux, les Français d’origine des îles ou d’Afrique du Nord. Nous avons été enfermés dans des salles de classe, avec tables et chaises alignées. Après une série de tests rigolos pour moi, j’ai été convié à subir comme pour quelques-uns d’entre-nous, un test d’explication de texte d’auteurs français, pour savoir si nous sommes aptes à suivre l’école des officiers de réserve. Ça n’a pas été pour moi, le français, je ne suis pas très fort.

   - Quels genres de tests, demande Éva.

- Des suites de nombres à reconstituer, des cartes à jouer ou des dominos disposés tel que nous devions les réaligner dans le bon ordre. C’était surtout des jeux de logique. Ensuite des tests spécifiques de connaissances générales sur l’histoire, sur la géographie, la chimie, l’électricité, la radio etc.

 - Tu as su répondre à tout ça ?

   - Oui c’est du niveau du brevet pour la plupart des questions et peut-être du BAC.

   - Continu Gérard, Éva tu ralentis son histoire.

   - Le soir, après une collation rapide, quartier libre, enfin dans l’enceinte du centre. Le foyer était rempli de nous tous, discutions autour d’une boisson, baby-foot pour d’autre, jeux de cartes sur les quelques tables. À neuf heures, nous sommes invités à rejoindre nos chambres, après s’être installé, une bagarre de polochons s’est organisée, dix heures, extinction des feux comme on dit chez les militaires, on éteint les lumières. 

   - Le lendemain visite médicale, on a été pesé, mesuré, observé dans tous les sens. Le profil d’évaluation « E.V.A.S.I.F. » a été enregistré pendant ce moment, Chaque lettre correspondant à un critère morphologique,  elle est notée de 1 à 5. Plusieurs 1 et 2 : bon pour le service actif. Un 3 est bon pour le service amoindrit sous certaines conditions. Un 4 : bon pour un service auxiliaire. Un 5 on est réformé. Pour moi qui suis myope, dix/dixièmes à chaque oeil avec mes lunettes, j’aurai dû avoir un 2 à la vue mais j’ai un peu tiré ne voyant que sept dixièmes, j’ai été attribué à V3.

   - Tu essayais d’être réformé.

   - Comme je vous ai dit, il me fallait un 5, donc pas beaucoup de chance de ce coté. Être V3 m’a valu des difficultés  par la suite, je vous le dirais en temps voulu

 

- Ensuite, un entretien avec un gradé, il nous pose des questions plus intimes. Si on est marié, avec des enfants, j’étais célibataire à ce moment comme je vous l’ai déjà dit. Les diplômes, je n’ai pas présenté le seul document du certificat d’étude primaire, je n’ai rien d’autre. Je pensais, que tout le monde possédait au moins ce diplôme. L’officier me signale que plus de cinquante pour cent des appelés n’ont pas ce certif et rien d’autre. À la vu de mes tests, il a quand même accepté de l’enregistré comme acquit. Il m’a demandé dans quelle arme je désirais être affecté, comme j’aimais en ce moment l’électricité et la radio, j’ai demandé les transmissions. C’était fini, soit un jour et demi, je reprends le train pour revenir chez moi. 

   - C’est un bon début

   Gérard arrête momentanément son récit, Nicole en profite pour distribuer des petits gâteaux, les hommes réclament encore un peu de Cognac. Dehors la pluie a cessé de tomber.

 

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