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- Où as-tu été incorporé ? demande
Juliette
- J’y arrive, fin juillet je reçois ma
feuille de route, m’indiquant mon incorporation à Bordeaux pour ensuite les
régiments sahariens. Ma mère, était déjà dans tous ses états sachant que je
quittais le domicile pour le service militaire. Maintenant elle savait que je
partais pour l’Algérie, c’était pire. Mon père ne disait rien. Mon patron, car
je travaillais dans un bureau d’étude du bâtiment, savait qu’un jour j’allais
partir et m’avait déjà trouvé un remplaçant. Je suis allé voir mon coiffeur et
je lui ai demandé une coupe d’incorpo, plus beaucoup de poils sur la tête.
- Tu devais être beau, dit Éva.
- Chut !
Gérard continue :
- Le 3 septembre, je prends le train pour
Bordeaux. Comme à Limoges, un comité d’accueil était présent en gare
Saint-Jean. Nous avons attendu plusieurs trains pour ensuite monter dans des
camions : direction la caserne Niel, rive droite de la ville.
Là,
rapidement, on se déshabille de nos vêtements civils. Ils sont ensachés
et nous devions remplir une étiquette pour le retour à notre domicile. Ensuite
douche, et coiffeur, ils ont trouvé que j’avais les cheveux longs. Après avoir
enfilé un uniforme et chaussé des chaussures neuves, nous avons goûté au repas
militaire, bien, rien à dire, si c’est comme cela pendant tout le temps du
service. Le capitaine qui commande la caserne, est venu voir comment se
comportent les nouvelles recrues. Un jeune lui dit que son bifteck n’est pas
mangeable, nous attendons dans un silence religieux ce qui va se passer. Le
capitaine prend l’assiette et va en cuisine pour lui changer sa viande. Il
revient en disant qu’il ne veut pas que nous ayons une mauvaise impression de
l’armée. La réaction parmi les militaires, s’est traduite par des bavardages à
toutes les tables.
- Tu as dû être surpris, dit Éva.
Gérard continue :
- L’après midi on a tapé le carton, un
concours s’est organisé, les groupes se sont formés par affinité. Nos oreilles
ont été agressées par un chanteur qui ne connaissant que la chanson du
moment : «Brigitte Bardot» Il nous
la serinait en boucle toute la journée.
- Ensuite nous avons eu la visite d’une
assistante sociale. Nous sommes interrogés chacun notre tour. Elle m’a signalé
que mon demi-frère était actuellement en Algérie. Il faut que je vous dise, ma
mère avait eu d’un premier mariage un garçon plus vieux que moi, il vivait avec
son père, on se voyait de temps en temps. Je pouvais demander de surseoir mon
départ pour l’Algérie. Je ferais les classes en France, mais après je serais
muté en Algérie. J’ai dit que je préférais partir de suite.
- En fait, tu étais content de partir à
l’armée ?
- Oui, je sortais de l’ambiance familiale
qui me pesait un peu et puis j’aime les voyages, l’Algérie malgré les événements,
c’était un dépaysement total. J’avais entendu dire, que ce n’était pas une
bonne solution, arriver en retard en Algérie, on perdait certains
avantages : il y avait les directs et les indirects, par exemple, ceux-ci
restaient plus longtemps en Algérie.
- Donc tu as demandé de partir de suite, et
un voyage gratuit.
- Si tu veux. L’après-midi du deuxième
jour, ils nous ont organisé une ballade en camion. Belle ballade en vérité,
nous avons visité les dépôts d’hydrocarbure du bec d’Ambés. Nous espérions
plutôt voir les vignes du Médoc ou de Saint-Émilion, enfin c’est comme ça.
- Le lendemain tous, avec nos affaires,
nous sommes prêts à monter dans les camions, direction la gare Saint-Jean. Arrivés
près du train qui doit nous emmener à Marseille, ce fut la cohue pour monter
dans les compartiments. Les groupes qui s’étaient formé à Niel voulaient se
reconstituer. Après quelques échanges entre nous, tout était rentré dans
l’ordre. Le train est enfin parti. Pendant le parcourt nous avons fait
connaissance, jouer aux cartes, enfin nous occupions le temps.
- En soirée, c’est l’arrivée à Marseille,
nous avons été « stockés » dans une caserne infecte :
Sainte-Marthe. Pendant deux jours, nous avons erré dans tous les sens en
attente de la suite des événements. La nuit, dans la chambrée, nous étions
infectés par les moustiques, les puces, les punaises et de temps en temps le chanteur faisait sa voix avec «Brigitte
Bardot», il était toujours là.
- Hi ! Hi !
C’était Éva qui riait.
- Arrête, tu ralentis la narration, lui dit
Michel en aparté.
Gérard s’était arrêté, pour boire un peu,
il continu :
.
- Enfin, le départ, un après midi, nous
embarquons sur un rafiot, genre péniche qui servait au débarquement des engins
motorisés, l’avant est ouvert pour accéder à l’intérieur. Un ensemble de
potences en tubes de fer, était fixé au sol, constituait une armature
permettant de suspendre des hamacs qui
attendaient notre présence. C’est bien les hamacs, je m’étais installé et je
commençais à dormir. Tard dans la soirée, le bateau vogue vers Alger…Enfin
c’était ce qu’il devait faire. La mer s’est mise à s’agiter, une vraie tempête.
On nous a demandé de descendre des hamacs, le poids des hommes avec le roulis
important, déstabilisait les potences qui dangereusement se tordaient et
risquaient de se desceller. Les pieds sur un sol mouvant eu raison de mon
estomac, je n’étais pas le seul. Je suis monté sur le pont à l’air libre. Nous
n’avions pas fait beaucoup de distance, nous voyons encore les lumières de
Marseille dans le lointain, Plus tard, je ne sais pas quand, dans le petit
matin, la mer s’est enfin calmée, la plupart d’entre nous avaient comme moi
monté sur le pont à l’extérieur. Café, biscuits ont été les bienvenus.
- Donc, Tu as eu un mal de mer.
- Oui, mais je pense que la bière chaude
que j’avais bu avant le départ, n’a pas été étrangère à ce dérangement. Enfin,
la journée s’est bien passée, mer calme, le soleil était présent. Des collations
nous ont été servies normalement. La
nuit suivante, tous sur le pont avec des couvertures. J’ai admiré les étoiles, la voie Lactée tel un
voile en dentelle très visible quand les yeux ne sont pas envahis par des
sources lumineuses. Et même on a assisté au passage du satellite Echo, gros
ballon que la NASA avait envoyé quelques temps avant.
- Le lendemain nous avons admiré de loin
Alger la blanche, petit à petit nous avons approché de cette ville. L’accostage
eut lieu enfin.
- Deux jours de navigation, c’est long, tu
ne trouves pas.
- Si, mais au départ avec la tempête,
quelques heures ont été perdues. Je continue
- Sur le quai, le sergent qui nous
convoyait fit l’appel, comme si pendant la traversée des irréductibles avaient
« fait le mur » Ensuite
camions et en route pour…À ce moment je ne savais pas. Une bonne demi-heure,
nous arrivons à un camp entouré de grillage et de fils barbelés : le camp
de Bonvalot, une vraie prison.
- Sous un hangar en tôles ondulées, des châlits sont
disposé sur plusieurs rangs. J’en choisis un avec un gars de Bordeaux, on
s’était suivit depuis Niel. Lui en bas, moi en haut. Là, un brigadier nous
réunis, et il nous annonce que nous sommes dans un centre d’instruction du
Matériel, le CISM3, c’est une arme non combattante. Ensuite,
enregistrement, j’ai reçu mon
matricule, photos, livraison du paquetage et coiffeur : cheveux trop
longs, c’est fou que les cheveux poussent vite en si peu de temps. Quartier
libre pour le soir, cinéma, foyer etc.
- Le lendemain commence l’instruction, ça fait huit
jours que je suis parti de chez moi.
- Encore le coiffeur, tu ne devais plus
avoir de poil sur la tête ?
- C’est l’armée, on doit être chauve, pas
de poils, la barbe taillée était interdite, pas de barbe en collier, pas de
moustache, seule la pleine barbe sans artifice était tolérée avec l’accord du
chef de corps, je n’en ai jamais vu. À cette époque j’étais imberbe, juste une
coupe toutes les semaines et encore.
- Je suppose que c’est dans ce camp que tu
as fais tes classes.
- Oui c’est le plus mauvais moment de
l’histoire.
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