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14 – Des Tourangeaux en Acadie
Henry
IV mourut tragiquement le 14 mai 1610 ce qui propulsa son fils Louis Dieudonné
âgé alors de neuf ans, roi de France sous le nom de Louis XIII, sa mère Marie
de Médicis assurant la gérance. Son sacre à Reims se déroula le 17 octobre
1610. Il fut déclaré majeur en 1614.
Son mariage à Bordeaux avec Anne d’Autriche, le 28 novembre 1615,
rapprocha
Louis
poursuivit les divers projets de son père. À Tours, il donna suite à la
reconduction de la manufacture de tapisseries. Plus tard Richelieu, ami de
Marie de Médicis, devenu Ministre, accordera sa protection à cette fabrique.
Celle-ci prit un nouvel essor.
Richelieu
naquit en mai 1586 à Paris. Mais ses racines familiales sont tourangelles. En effet
son ancêtre Guillaume de Mosson, a été en 1224 le premier seigneur connu d’un
petit fief appelé Richeloc. Le cardinal, en 1625, chargea l’architecte Jacques
Le Mercier de lui construire un palais qui remplaça le vieux manoir des Mosson. Il dépensa des sommes énormes pour cette
résidence princière. En 1631, il obtint du roi l’autorisation de construire un
bourg près de son château. Cette ville, nous la connaissons aujourd’hui sous le
nom de Richelieu.
Nous
ne pouvons pas passer sous silence l’émigration des Tourangeaux vers le nouveau
monde. Les nouvelles terres en Amérique conquises par nos valeureux
navigateurs, explorateurs et géographes tel Samuel Champlain, ne demandent qu’à
ce l’on vienne y fonder une civilisation. Celle-ci constituerait un comptoir de
commerce avec ces terroirs à découvrir. Dès 1606, 120 colons s’y établirent.
Mais les Anglais étaient aussi intéressés par ces contrées. S’ensuivirent
quelques accrochages avec les Français.
En
1632, Louis XIII sous l’impulsion de Richelieu, sentit le besoin de fonder une
colonie. Le roi demanda à Richelieu de faire le nécessaire. Celui-ci confia à
son cousin le vice amiral Isaac de Razilly, né dans le haut Poitou près de la
commune de Richelieu, de reprendre la province de l’Acadie dont les Anglais
s’étaient emparés. Ce qui fut fait par un traité signé à Saint-Germain-en-Laye,
l’Acadie redevenait française.
Isaac
de Razilly commença le recrutement des nouveaux colons autour de chez
lui : dans le Nord Poitou, le Sud Angevin, Chinon et ses environs. Dès
1632, 300 hommes soldats et 12
familles s’embarquèrent à
En
1641, je me suis risqué dans cette région pour sonder la population sur les
motifs de son départ.
Me
voici à Bourgueil devant l’église saint Germain ce dimanche 12 mars, c’est la sortie de la messe. La plupart des
paysans se réunissent sous la halle aux marchés situés à côté de l’église. Les
bourgeois et commerçants dédaignant ce lieu, reprennent le chemin de leurs
demeures. Je me faufile parmi ces villageois et j’écoute les conversations.
-
Je m’demande comment il va nous décider de quitter ce pays. C’est un fort
gaillard qui a dit cela.
-
À entendre ceux qui sont déjà partis, c’est pas mal, dit une femme à côté de
lui.
-
Moi je suis sceptique, j’attends. Celui qui a parlé, est bien habillé, pantalon
et veste en tissus fin de velours contrastant avec les habits en drap côtelé
des personnes précédentes, signalant
déjà une certaine aisance professionnelle.
-
S’il vous plait ! Je demande un peu de silence,
C’est
un homme aux cheveux châtains, habillé avec une redingote ocre et un ceinturon
noir à grosse boucle, qui a lancé ces paroles. Il s’était juché sur une grosse
pierre. Le calme est revenu, les têtes se sont tournées vers lui en attente de
la suite. Il reprend :
-
Mes amis, vous devez vous souvenir de
moi, à la fin de l’année 1632, j’étais déjà présent avec le sieur Razilly, qui
comme on vous l’a présenté, est cousin du ministre Richelieu et chargé par lui
de recruter des familles pour la nouvelle France en Amérique. Malheureusement
le sieur Razilly est décédé mais son successeur : Charles de Nemou
d’Aulnay, un Tourangeau puisqu’il est né à Charnizay, a repris la charge de
recruter des volontaires pour la nouvelle France.
Murmures
dans l’assemblée.
-
Comme il vous à été annoncé nous cherchons des volontaires pour créer une
communauté en Acadie. Déjà quelques familles sont inscrites pour le prochain
départ à
Un
fort gaillard lève le bras :
-
Nous somme que des terreux et pas très riche, le travail de la terre c’est tout
ce qu'on sait faire, ce n’est peut-être pas ce que vous cherchez ?
-
Mais si, là-bas, la terre est très bonne et ne demande qu’à se faire bêcher,
labourer, cultiver de toutes les céréales afin de nourrir toute la communauté,
on a besoin de vous, et puis comme le sieur Razilly vous l’a promis des acres
de terre vous seront donnés à chacun d’entre vous et qui resteront votre
propriété, ce n’est pas le cas ici où vous n’avez rien, vous travaillez pour un
seigneur qui vous prend presque tout votre labeur, vous n’évoluez pas.
-
Et du bétail, on en aura ?
C’est
un petit homme chapeauté qui a lancé cette interpellation.
-
Oui, bien sûr, des vaches, des chèvres, des brebis et de la volaille comme ici
et tout cela sera à vous, car vous les obtiendrez avec le fruit de votre
travail.
Il
y a quelques murmures dans l’assemblée. Le recruteur fait un moment de silence
pour laisser les futurs candidats au départ se décider, il poursuit :
-
Il n’y a pas que les travaux de la terre, il nous faut aussi tous les corps de
métier utiles à une vie collective : Charpentiers, charrons, couturières,
mais aussi des pêcheurs, des notaires et bien d’autres .
-
Mais le voyage coûte cher, on n’est pas riche.
-
Comme tous ceux qui sont déjà là-bas, le voyage vous est payé moyennant un
contrat minimum de trois ans, vous signez un acte d’engagement pour vous et
toutes les personnes vous accompagnant, ces actes seront enregistrés chez un
notaire.
-
Mais si on ne se plait pas qu’est-ce qui se passe ?
-
Au bout des trois ans obligatoires, on vous ramène en France et vous perdez tout
ce que vous possédiez en Acadie, mais cela n’arrivera pas, la vie est bien
meilleure, vous êtes libre, votre propre chef, les jeunes trouvent du travail
et se marient, fondent un foyer et ne pensent pas au retour.
Une
jeune femme, qui se tient un peu en retrait, s’avance devant le recruteur et
lui lance :
-
Vous nous parlez pas des sauvages, les peaux rouges comme certains les nomment,
ils acceptent bien notre venue ?
-
Tout d’abord, on les appelle sauvage parce qu’ils ne sont pas chrétiens, mais
déjà des moines se chargent de leur apporter la bonne nouvelle et des sœurs
Ursulines s’emploient à éduquer et enseigner les bonnes manières aux jeunes
filles indiennes. Sauvage ? Pas tant que cela à d’autres points de vue.
Ils vivent autrement, nomades, ils connaissent la faune, les plantes qui
guérissent. Ils vivent en tribus et se nomment : Algonquins , Micmacs ,
Malécites , Hurons, Iroquois.
Ils ont le sens du commerce et avec eux nous faisons des trocs. Nous avons de
bons rapports avec eux tant que nous leur laissons leurs terrains de chasse. Et
puis… Les jeunes indiennes sont très jolies, avis aux célibataires.
Hilarité
dans l’assistance.
-
Je passerai chez vous pour avoir votre adhésion ou non, le prochain départ se
situant vers le début mai et il faut être à
Le
harangueur descend de sa pierre et quitte l’attroupement. Les conversations
vont bon train. Je m’approche d’un petit groupe de deux femmes et trois hommes,
je leur demande :
-
Excusez-moi, je suis de passage dans votre commune et j’aimerais savoir ce qui
se passe, que veut dire cet homme ?
-
C’est un recruteur pour nous enrôler et aller aux Amériques.
-
Çà l’air d’être intéressant ce qu’il a dit.
-
Oui, mais il faut quitter notre pays, nos familles, d’un autre coté être
propriétaire de sa terre çà fait réfléchir.
C’était
un jeune homme qui avait parlé, il poursuit :
-
Pour moi et tous les jeunes l’avenir n’est pas très gai en France, pas de
travail, les seuls emplois sont aller faire la guerre ou devenir curé, très peu
pour moi.
-
Et nous avons subi la famine l’hiver 1630, çà peut recommencer, nous raconte
une femme au chignon.
-
Les impôts sont de plus en plus lourds, le roi nous saigne pour faire la
guerre.
-
Je comprends votre dilemme, dis-je, mais avez-vous des nouvelles des familles
qui sont déjà parties ?
-
Les Trahan, Guillaume, sa femme et sa fille que nous connaissions bien et qui
sont partis en 1632 ne sont pas revenus, c’est signe qu’ils s’y plaisent, avant
de partir, ils s’étaient installés à Chinon.
-Quel
métier exerçait-il ?
-
Il était taillandier. Devant mon air interrogatif il précise :
-
Il faisait des outils tranchants et coupants.
-
Ah oui ! Des haches, des couteaux par exemple.
-
C’est comme Pierre Martin et sa famille partis en 1636, ils ne sont pas
revenus.
-
Et vous en connaissez d’autres qui ont déjà quitté le pays ? Dis-je.
-
Il était parti avec les familles de Jean Mangoneau, de Pierre Choiseau et la
mère Périgault avec ses deux fils Michel et Julien.
-
Ce sont des courageux, vous devriez partir, lançais-je.
-
Mais je crois qu’ils ne prennent que des familles moi je suis encore
célibataire. Lança le jeune de tout à l’heure.
-
Tu trouveras à te marier en Acadie, il y en a d’autres des célibataires qui
sont partis comme Julien Aury, Pierre Le Moine ou Adrien Bénaiston.
-
Ah ! Lui aussi il a été du voyage, je ne savais pas, c’est pour cela que
je ne le voyais plus.
Je
quitte ces Bourgueillois les laissant à leur devenir. Ce mois de mai à
J’ai
appris que des Chinonais ont déjà rejoint les rangs des Acadiens
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