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15 – AU SIECLE DE LOUIS XIV

 

 

Depuis le règne de Louis XIII, la Touraine est délaissée au profit de Paris puis Versailles comme résidence de la Cour. La Touraine devient le berceau des sciences et des arts. De nombreux peintres et sculpteurs locaux font un florilège d’œuvres de tout genre que l’on peut admirer encore de nos jours dans les musées de Tours, de Saumur et au Louvre. René Descartes né dans la commune  de La Haye le 31 mars 1596, fut à la fois un écrivain brillant, un puissant philosophe et un des fondateurs de la science moderne. Notons également  « La Coutume de Touraine » publié en 1661 par le maire de Tours, Etienne Pallu et  les poètes Rapin de Tours, Jean Commire d’Amboise ainsi que Jean Quillet de Chinon.

Les fabriques de Tours traversèrent une crise causée par les guerres permanentes de Louis XIV, souvent offensives par la concurrence de l’étranger et la cherté des matières premières. Les troubles dans le fonctionnement des ateliers y sont aussi pour beaucoup. La Révocation de l’Édit de Nantes en 1685 a une part active de cette crise par le départ des réformés.

Pour subvenir, les villes faisaient payer un droit d’entrée. A chaque porte d’enceinte un dispositif était établi afin de faire acquitter les droits de passage : c’était l’octroi.  Ainsi les villes recevaient une ressource financière non négligeable. Allons voir à Tours comment on passait ces portes.

Me voici à Tours en l’an 1678, les arbres ont retrouvé leur verdure, les femmes sont revêtues de leurs meilleures parures, le soleil est là, c’est le printemps. Je me trouve sur le pont qui enjambe la Loire. Devant moi se profile une longue file de carrioles chargées de marchandises, de piétons  en tous genres qui accompagnent quelques ânes bâtés. Tout ce beau monde attend de passer la barrière de l’octroi  

Je m’adresse à un homme moustachu au chapeau de paille et foulard rouge autour du cou.

- Il faut attendre longtemps pour passer ?

- Non, Vous n ‘avez jamais passé l’octroi ?

- Non, mais  je n’ai pas de marchandises  à déclarer, je dois payer quelque chose ?

- Cela dépend de l’octroyeur il faut marchander.

- Vous vendez du vin à ce que je vois sur votre charrette.

- Ah ! Ça, c’est ma production de l’année dernière, j’ai un beau-frère, Etienne Calineau, qui vend mon vin dans son échoppe grande rue.

- Et ça va vous coûter cher pour du vin ?

- Avec ce fût de 400 litres de vin de « pays » une livre neuf sols et six deniers, si cela avait été du vin d’une autre province  ce serait  deux livres douze sols et dix deniers.

- Eh! bien ça augmente le prix du litre de vin. Il n’y a que les denrées qui soient payantes ?

- Non, cet hiver je suis passé avec une charrette de bois de chauffage ça m’a coûté six sols et neuf deniers.

- La viande et le poisson je suppose que c’est la même chose ?
- Bien sûr, je n’en vends pas mais je connais un voisin qui élève des animaux ça lui coûte fort cher de les amener en ville, l’autre jour comme on en parlait, il me disait un bœuf  c’est deux livres treize sols et dix deniers, un porc dix-huit sols et onze deniers, un mouton deux sols et huit deniers.

- Et le poisson ?

- Là, je ne sais pas, mais dans la file vous trouverez bien quelqu’un qui vous renseignera, vous qui me paraissez curieux, en cherchant bien.

- Je voyage par le pays et j’aime bien savoir comment vivent les habitants des provinces visitées.

- Merci de votre gentillesse et peut-être à un autre jour.

 Je prends congé de ce sympathique personnage et je remonte la file jusqu’au début et là, la chance me sourit une l’odeur de poisson me chatouille le nez, je vois une charrette sur laquelle je distingue un gros baril. C’est au tour de son  propriétaire de payer son passage. Le préposé s’avance :

- C’est pas des fraises que tu as  là dedans ! Hilarité de tout le voisinage.

- Eh ! Non c’est des sardines.

- Des sardines à la fraise comme c’est bizarre, ha ! Ha !

Mon bonhomme aime la plaisanterie.

- Bon ! Fini de rire ça fait une livre treize sols et dix deniers.

- Ha ! J’ai pas toute la somme sur moi, ça augmenté depuis la dernière fois.

- C’est pas moi qui fixe les montants, combien as-tu ?

- Deux livres et dix sols.

- Bien tu me mets une livre de sardines de côté et ça ira pour cette fois.

Le bonhomme s’exécute et s’en va, c’est mon tour, le responsable de l’octroi me regarde :

- Tu n’es pas d’ici ?

- Je suis de sainte Radegonde, je m’appelle Quentin Calineau et comme toutes les semaines je vais voir mon frère, grande rue.

- Ah ! Étienne a un frère je ne savais pas et bien tu diras à ton frère de me préparer une cruche de vin de Chinon que je viendrai prendre ce soir.

- D’accord et bonne journée.

Je m’esquive lentement mais sûrement. J’ai bien compris, de tout temps les petits profits ont toujours existés.

C’est en 1688 que la ville de Tours vit paraître une voie du nord au sud « La Traversaine » qui plus tard sera continuée jusqu’à la Loire avec sur les quais un arc de triomphe à l’honneur de Louis XIV. Cette nouvelle voie s’appellera successivement Rue Royale et ensuite Rue Nationale.

En 1697 le vieux système d’éclairage des rues sera remplacé par l’installation de deux cent lanternes.

  L’hiver de 1709 fut rude, les rivières et la Loire furent prises par les glaces. A Amboise la partie nord du pont s’écroula et fut emportée par les eaux.

 

 

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