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13 – La tour de Guise
Le Château de Tours fut construit par Henry II Plantagenêt vers 1160. Constitué par une enceinte sensiblement rectangulaire avec trois grosses tours d’angles et une petite. Je connais cet édifice pour y avoir séjourné plusieurs jours en 1429 pendant l’épopée de Jeanne d’Arc. A cette époque la petite tour dans l’angle sud-est avait disparu et avait été absorbée par un bâtiment et un chemin de ronde qui reliait les trois autres tours sur les murailles. Ces tours cylindriques hautes d’une quinzaine de mètres, se terminaient en ce temps là par une couverture en pierre, des mâchicoulis et des créneaux. La tour du nord-ouest est devenue célèbre car c’est dans celle-ci que fut enfermé, en 1588, après l’assassinat de son père, le jeune duc de Guise âgé alors de dix-sept ans. Je me rappelle que l’on y rentre par le premier étage constitué par une grande salle voûtée. Un escalier en pierre rampant le long de la paroi, mène aux deux étages suivants. Les murs du troisième sont à facettes formant une sorte de polygone irrégulier. On accède au quatrième par l’intermédiaire d’un escalier hélicoïdal.
Je
retourne donc voir ce qui se passe en 1591, Cela fait déjà plus de deux ans que
le duc est prisonnier dans ce château.
Le
ciel est bleu, température agréable enfin me revoici en Touraine. Vu
l’environnement, je me suis trompé, pourtant mon calendrier temporel m’indique
le 15 août 1591, mais le lieu n’est pas Tours. Il y a là autour de moi quelques
personnes qui me regardent comme si j’étais un mirage, il faut dire que je suis
mignon avec ma culotte bouffante. Je m’adresse à une dame embarrassée d’un gros
panier :
-
Pardon puis-je savoir dans quel lieu nous sommes ?
-
Eh! Ben à
-
Merci bien chère dame. Elle s’éloigne.
Donc
je suis trop à l’ouest, j’ai du chemin à faire. Il y a du monde un peu partout
surtout autour des églises, c’est vrai aujourd’hui c’est l’Assomption on fête
la sainte Vierge, en continuant ma marche vers Tours je croise un jeune homme
mince, visage allongé qui contraste avec les autres garçons que j’ai pu
apercevoir dernièrement plutôt joufflus et rougeauds. Il hésite devant un
cheval, regarde autour de lui, l’enfourche et part au galop vers le sud. La
scène a été très rapide. Un homme enfariné de la tête aux pieds, sort
précipitamment d’une maison et constate que son cheval a disparu. Il s’adresse
à plusieurs passants qui n’ont rien vu. Après ce fait divers qui déjà à cette
époque devait être courant, je reprends mon chemin le long de
J’arrive
devant cette tour du château où j’aperçois une corde pendue à une fenêtre s’arrêtant à environ quatre mètres du sol. Un homme paraît à l’ouverture et la
retire. Au sol une dizaine d’hommes en armes reviennent essoufflés d’une
éventuelle course poursuite. J’arrive trop tard le duc s’est envolé. Il
suffirait de retourner en arrière dans le temps de quelques heures mais le
voyage dans le passé est pénible et demande beaucoup d’énergie, donc faisons
avec.
J’essaie
de pénétrer dans le château malgré la garde renforcée. Je ne connais plus
personne depuis 1429, au moins six générations de capitaines se sont succédées.
Plusieurs soldats sont encore à l’extérieur et en grande discussion, je
m’approche.
-
Le capitaine quand il va savoir ça on est bon pour le cachot.
-
On ne pouvait pas prévoir, dit un autre.
-
C’était un bon p’tit garçon, on s’amusait bien avec lui
-
Que va dire le roi ?
-
Alors là ! Mystère !
-
Que veux-tu l’ami ? Un des soldats s’était retourné vers moi.
-
Tu nous espionnes ?
-
Non point, si j’ai bien compris c’est le jeune duc de Guise qui s’est échappé.
-
Comment sais-tu qu’il était parmi nous ? Il devient soupçonneux.
-
La rumeur publique.
-
Passe ton chemin, on est très occupé.
-
Je comprends, je suis curieux de nature et
j’aimerais savoir comment ça s’est passé.
-
N’insiste pas, on mène une enquête.
-
Ah ! Bon à plus tard. Je m’éloigne.
Je
voudrais bien trouver quelqu’un qui m’explique le déroulement de l’opération,
il doit bien avoir une complicité à l’extérieur. En attendant, avec cette
chaleur du mois d’août, je vais
m’abreuver dans cet estaminet au coin de la rue.
Peu
de monde, je m’assieds à un bout de table, un homme s’approche :
-
J’ai du bon cidre ça vous ira ?
-
Oui très bien, il s’éloigne en traînant ses sabots.
Enfin !
On ne s’évade pas comme ça sans avoir préparé sa fuite, quelqu’un devait
l’attendre pas très loin, et la corde qui lui a fait parvenir ?
-
Vous n’êtes pas d’ici ? C’est l’aubergiste qui est revenu avec un broc et
un bol en terre cuite.
-
Non je suis de passage, et je viens d’appendre qu’un prisonnier vient de
s’échapper, passionnant !
-
Oh ! Moi je ne sais rien de ce qui se passe à coté, ma femme est
lavandière et elle seule pénètre dans
le château pour livrer le linge qu’on veut bien lui donner.
-
Peut-être a-t-elle lavé les chemises du jeune duc ?
-
Oui sûrement c’est le travail de ma femme, je ne m’en occupe pas.
-
Je pourrais voir votre femme ?
-
Je vous averti, elle n’est pas commode.
Je
bois une bolée de cidre assez frais pour l’époque, il doit avoir une cave au
niveau de
-
Qu’est-ce que vous me voulez ? Dit-elle d’un ton sec
-
Le bonjour, votre mari m’a dit que vous blanchissez.
-
C’est pour vous ? Vous avez besoin de mes services ?
-
Non, attendez, ce que je voudrais savoir c’est si vous aviez le droit de voir
le jeune prisonnier au château?
-
Oui quelquefois, en quoi cela vous intéresse-t-il ? Toujours sur sa
défensive et elle continue :
-
Enfin ! Qui êtes-vous ?
-
Voilà je m’appelle Quentin Faubert, je voyage et je recueille des faits, des
légendes par-ci par-là, je suis à Tours depuis hier et je viens d’apprendre
qu’un jeune prisonnier s’est évadé, je viens aux nouvelles, c’est tout. Les
soldats que j’ai pu approcher m’ont refoulé, ils étaient à la fois très
chagrinés et en colère. Et voilà, par hasard, venant m’abreuver chez vous je
fais connaissance avec une personne qui pénètre dans le château et qui côtoie
le prisonnier, c’est une chance.
Elle
m’avait écouté patiemment, elle s’était assise.
-
Que voulez-vous savoir ?
-
Comment l’évasion s’est déroulée ?
-
Je ne sais pas, je l’ai vu hier, je lui ai apporté son linge comme d’habitude.
-
La corde qui lui a servi à s’échapper, comment se l’est-il procurée ? Je pense que sa chambre est fouillée tous
les jours donc il l’a reçue ce matin ou
hier après midi.
-
Vous menez une enquête ?
-
C’est une déduction toute simple. Dis-je avec un sourire.
Je
finis de boire mon cidre, elle se lève, me regarde et avant de partir me
glisse :
-
Il y avait une corde dans mon panier sous le linge, mais je ne sais pas qui a
pu y mettre et je ne veux pas avoir d’histoire pour ça. Elle disparut
rapidement.
Comment
cette corde y est-elle arrivée dans ce panier ? Peut importe. Si j’allais
retrouver les soldats de tout à l’heure, j’aurais peut-être des informations. A
ce moment trois soldats rentrent dans l’auberge, très joyeux et parlant fort.
Ils se sont assis à ma table et hèlent le patron. Celui-ci les servit et
disparut.
-
Entre-nous, les copains, ils ont été
négligents.
-
Ouais ! Mais tu sais, cela aurai pu nous arriver si nous avions été de
garde ce matin.
-
Charles était gentil avec tout le monde, on s’amusait bien et avec lui le temps
passait vite.
J’étais
resté à ma place au bout de la table et j’écoutais la conversation des deux
soldats, quant au troisième il était silencieux.
-
Eh ! Robert tu dis rien.
-
Je pense à mon ami Mathieu, comment a-t-il pu se faire berner lui qui se
méfiait de tout.
-
Quelques jours de cachot et puis ce sera fini.
-
Enfin, il faut être gonflé, parier avec ses gardes de monter à cloche-pied les
escaliers et de prétendre qu’il arriverait avant eux à sa chambre.
-
J’aurai bien voulu voir ça, toute l’équipée sur un pied s’attaquer à
l’escalier.
-
Et bien sûr, dès le premier tournant, il monta quatre à quatre les marches
jusqu'à sa chambre, referma la porte blindée à double tour, ce qui lui permis
de pouvoir dérouler une corde et de sauter à l’extérieur.
-
A-t-on des nouvelles de lui ?
-
Il est parti vers l’ouest vers le hameau de
-
Le roi va réagir,
-Je
ne pense pas il est du même bord maintenant, ce serait lui qui aurait
indirectement facilité l’évasion que ça ne m’étonnerait pas.
-
Tu crois ?
-
Va savoir, c’est pour cela que nos copains auront une peine pour la forme.
Après
avoir vidé leur verre, les trois soldats se lèvent et sortent de l’estaminet.
Je
reste dans mes pensées, si le duc est parti vers
Maintenant
j’ai su ce que je voulais savoir, quittons cette époque tourmentée. Le 13 avril
1598 la réalisation de l’Édit de Nantes mettra fin aux luttes religieuses. Le
14 mai 1610 Ravaillac poignarda Henry IV rue de
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