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5.9 Vers son destin

 

Jeanne a quitté la Touraine, le 21 avril elle arrive à Blois, elle retrouve une armée de renfort sous le commandement de Gilles de Rais. Un convoi de ravitaillement est constitué pour Orléans. Le 27 avril l’armée et le convoi arrivent aux alentours de la ville assiégée. Jusqu’au 8 mai les batailles se suivent avec violence et les Anglais  se décident enfin à lever le siège d’Orléans. Cette reddition, n’est-elle pas achevée, que je retrouve Jeanne à Tours. Elle est accompagnée par ses fidèles serviteurs. Heureux de les retrouver, je file au château. Là-bas Bertrand emmène les chevaux aux palefreniers. En m’approchant de lui, il dit jovialement :

- Ah ! Quentin je suis content de t’revoir, ces jours-ci m’ont paru une éternité.

- Pas trop dures ces batailles ?

- Oh que si ! Mais viens à la cantine que j’te raconte, tu dois être impatient de connaître les nouvelles hein ! Curieux, dit-il avec un sourire malicieux. Nous entrons dans une espèce d’estaminet où l'on nous sert une bière chaude entre autre, enfin !

- Alors Orléans est tombé.

- Oui, non sans mal, d’abord, on arrive le mercredi en vue de la ville, Le bâtard d’Orléans est là avec les troupes de  Nicole de Giresme. Le lendemain on a chargé les vivres sur des chalands et en remontant la Loire on a pu rentrer dans la ville.

- Et Jeanne ?

- Évidemment Jehanne n’était pas la dernière et en passant par la porte de Bourgogne, la nuit tombée, le trésorier du duc  d’Orléans : Jacques Boucher l’a reçue chez lui.

- La prise d’Orléans a commencé.

- Oh non ! Pas si vite, on s’observe, Jehanne a envoyé un message aux anglais leurs demandant de partir, mais c’est seulement quand est arrivée l’armée royale avec le maréchal.. euh! de Boussac, excuse moi j’ai eu un trou de mémoire, que réellement les hostilités ont commencé.

- C’était quand ?

- Le 4 mai au soir… C’est çà, ils ont pris la bastille de Saint-Loup, le lendemain repos une trêve a été décidée pour le jour de l’Ascension.

- Il faut bien se reposer un peu.

- Pas pour longtemps, les jours suivants la bastille des Augustins et le fort des Tourelles ont été pris, là Jehanne est blessé.

- Oh ! Ce n’a pas été grave puisqu’elle est là.

- Non une flèche mais sans gravité puisque au soir elle rentre dans Orléans sous les acclamations des Orléanais, les Anglais ont quitté la ville hier.

- Et vous êtes déjà revenu à Tours,

- Maintenant elle veut décider le dauphin à se faire couronner et  comme il est présent ici, nous voici.

Nous sortons, il fait trop chaud dans ce petit local, Bertrand rajoute hilare :

«  Tu va voir, elle va rencontrer aussi sa copine Eliette. En effet le lendemain dans la grande rue, Jeanne se promenait avec la jeune fille. Mais quelque chose avait changé : elle s’était coupée les cheveux.

Déjà plusieurs jours que je cherche à revoir Jeanne, mais celle-ci est toujours soit en prière ou en escapade entre Tours et Loches suivant Charles dans ses déplacements. Enfin, le jour de la Pentecôte je la rencontre, seule cette fois. Toujours habillée de la même façon, elle marche tranquillement dans la grande rue, des passants la reconnaissant l’accostent pour lui parler. J’attends mon tour. Elle m’aperçoit.

-  Quentin ! Comment allez-vous ?

- Très bien merci de votre gentillesse, mais c’est à vous que je demande la même chose, vous avez coupé vos ravissants cheveux.

- Oui, parce que j’ai senti de la réticence dans mes ordres envers les hommes, ils n’aiment pas être commandés par une femme et de colère je me les suis coupé.

- Çà change, et maintenant cela va-t-il mieux ?

- Un peu mieux.

- Vous avez été blessée, je crois ?

- Pas grave, vous voyez, je suis là, en pleine forme, je profite de ce que le dauphin prépare son couronnement, pour me reposer un peu,

- Vous avez décidé Charles ?

- Çà n'a pas été sans mal, je m’y suis reprise à plusieurs fois aussi bien ici à Tours qu’à Loches, heureusement que parmi sa cour, des personnes l’influent dans la même sens que moi et avec l’aide de  Dieu çà se fera j’en suis sûre. 

Elle avait dit cela avec une grande conviction.

- Quentin, j’ai une réunion pour la suite de ma mission : chasser les Anglais de France, je vous quitte…  à bientôt.

- à bientôt.

Mais je sais que c’est notre dernière entrevue. Je retourne au château pour saluer mes amis.

Je reste à Tours quelque temps pour suivre la suite des évènements. Les troupes sont reparties et Jeanne aussi. Dans le mois de juin les batailles se suivent à un rythme soutenu : reprise de la ville de Jargeau puis le pont à Meung-sur-Loire, la libération de Beaugency, la victoire de Patay, les redditions de Troyes, Châlons-en-Champagne et de Reims. Enfin le 17 juillet 1429 le dauphin devient roi de France sous le mon de Charles VII. Christine de Pisan, poétesse de l’époque, a une admiration pour Jeanne, elle a écrit un poème  « Ditié de Jeanne d’Arc », s’émerveillant de la délivrance d’Orléans, de ses exploits de caractères divins et invite Paris à ouvrir ses portes au roi de France. Jeanne sera capturée prés de Compiègne et après une succession de tribunaux, condamnée à être brûlée vive. Rien n’a été trouvé contre elle, le tribunal a entériné le jugement comme sorcière. Le 30 mai 1431 une femme est brûlée sur la place de grève à Rouen. Ce jour là, contrairement aux habitudes, la place était déserte, on avait bloqué les issues et les volets des fenêtres de la place de grève devaient être fermés. Aucun compte-rendu n’été édité comme on le faisait en ces occasions. Tout laisse à supposer que ce soit Jeanne malgré les aventurières qui sont apparues quelques temps après.

A l’annonce de la nouvelle, à Tours, c’est la consternation, des processions sont organisées à Saint-Martin et à la cathédrale.

Je reprends le chemin de retour vers le XXe siècle, la suite est dans les livres qu’écrivent les historiens avec toutes les erreurs de transcription, d’omission et que chacun va de sa plume pour essayer de cerner sa vérité, Des écrits de l’époque disparaissent, peut-être compromettants pour certain ou par négligence pour d’autres. La question qui reste en suspend depuis plusieurs siècles est : Jeanne est-elle morte sur le bûcher ? Je laisse ce problème à plus érudit que moi.

 

 

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