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5.8 TOURS
Nous sommes le 6 avril
1429, la troupe qui emmène Jeanne est arrivée à Tours depuis hier, je suis avec
eux, heureux de participer à cette épopée.
J’ai voyagé avec Bertrand qui gentiment m’a trouvé un cheval en le monnayant au
palefrenier du château de Chinon. Charles a offert à Jeanne son cheval, une
somme de cent vingt cinq livres tournois pour son armure ainsi qu’un viatique
pour divers équipements. Nous sommes hébergés au château. Bel édifice qui
n’existe plus au XXe siècle, à part la
fameuse tour qui aura comme événement la fuite du jeune Duc de Guise au siècle
suivant. Bertrand est assis seul sur un
banc, je m’approche et m’assieds à coté de lui.
- Le
bonjour Bertrand, çà n’a pas l’air d’aller ce matin.
-
Je suis un peu déçu.
-
Que se passe-t-il ?
-
La maison militaire de Jehanne est constituée et je n’en fais pas partie.
-
Qui compose cette maison?
-
Eh ben ! Il y a Jean d’Aulon son écuyer, deux pages : les jeunes
Minguet et Raymond, deux hérauts :
Ambreville et Guyenne.
-
Privilège extraordinaire pour Jehanne.
-
Ouais ! Et puis le frère Jean Pasquerel devient son chapelain et
confesseur.
- Après tout il est prêtre, Non?
-
T’as raison sur ce point.
-
Et pas d’autres personnes ?
- Si, Nicolas de Vouthon qui est un parent de
sa mère et Mathelin Raoul comme trésorier,
-
Et jean de Metz que devient-il ?
-
Il est avec moi accompagnateurs parce qu’on connaît bien Jehanne.
-
Et bien ! Vous y allez ! Que demandes-tu de plus? Ses frères
sont bien avec elle ?
-
Oui je les avais oubliés ceux-là, Jean et Pierre,
-
Où est-elle maintenant ?
-
Elle est chez son tailleur, ha !
Ha ! Il me donne un grand de coude, j’en suis surpris.
-
Tu ries, je vois que le bon moral revient.
-
Oui elle se fait ajuster une armure à sa taille.
-
Elle a demandé aussi deux bannières : un grand étendard et un p’tit, c’est
le peintre du Dauphin, un Écossais : James Power, mais ici on l’appelle
Hauves Poulvoir.
-
Elle est gâtée cette petite bergère,
-
Ouais ! Mais ce n’est pas tout, pour son épée, Charles lui a commandé une
neuve, et bien non ! Elle la refuse, le forgeron sur sa demande est parti
à Sainte-Catherine-de-Fierbois en
chercher une vieille dans l’église, il paraît que c’est ses voix qui lui a
indiqué. Dit-il en levant les yeux au ciel.
-
Et pas n’importe laquelle, il doit y avoir cinq croix de gravées dessus.
-
Pourquoi a Sainte-Catherine ?
-
Oh! C’est une vieille histoire, les chevaliers qui avaient combattu, offraient
à la sainte une partie de leurs armements pour la remercier d’être encore
vivants, mais depuis la bataille d’Azincourt c’est devenu un rituel obligé,
-
Et! Alors ?
-
Pour le moment on attend.
Bertrand
s’est levé, moi aussi et on se dirige vers la cathédrale dédiée maintenant à
Saint-Gatien, immense chantier les tours tels que l’on connaît actuellement ne
sont pas encore érigées, seule la grande nef est en court de réparation car la
foudre le 25 mai 1425 avait eu raison
de la charpente bois. A cet emplacement c’est le quatrième édifice qui
se construit. Le troisième ayant été incendié en 1167 au cours d’une guerre
entre Henri Plantagenet et le roi de France. Elle fut également dévastée par un
incendie en 1209.
Passé devant, on se retrouve dans la grande
rue qui va vers la collégiale Saint-Julien. La rue est sinueuse avec beaucoup
de chalands agglutinés aux étals des marchands. Sur notre gauche il y a là, un
forgeron qui travaille avec deux jeunes apprentis, Bertrand me le montre en
riant :
-
C’est le tailleur de Jehanne. Il avait une mine réjoui en me disant cela.
-
Ha ! Oui Colas de Montbazon,
dis-je sérieusement.
Tout
en marchant, Bertrand me regarde d’un air interrogatif :
-
Tient tu connais ? Je ne réponds pas laissant un doute plané. Je
reprends :
-
Mais elle n’est pas là.
-
Sûrement en face dans l’église, j’te laisse, je vais aux nouvelles, on se
retrouve au château.
-
D’accord à plus tard.
Après
avoir passé la grande porte de la collégiale, j’entre dans l’église, je cherche
dans la pénombre si je peux apercevoir Jeanne, personne qui lui ressemble, elle n’est pas là. Je ressors
rapidement et remonte vers
- Tiens !
Voilà mon ménestrel.
Je
leur fais un signe de la main. Je regarde l’autre jeune fille, elle est belle
avec des cheveux blonds comme on n’en voit pas par ici.
-
Quelle surprise de vous voir !
-
Je vous présente Éliette, c’est la
fille de mon peintre celui qui fait mes étendards.
-
Heureux de vous connaître.
-
On se verra plus tard, j’ai tellement de chose à dire à Éliette.
J’acquiesce
de la tête, je m’éloigne confus de cette mise à l’écart rapide, mais je leurs
pardonne, les jeunes sont tellement impulsives. En continuant ce chemin je me
retrouve en face de la tour dite de Guise. Dans la cour du château, j’aperçois
un attroupement de soldat avec lesquels Jean de Metz et Jean d’Auron sont en
grande discutions. Un militaire sort du groupe et se dirige vers un bâtiment,
peu de temps s’écoule, il rejoint mes
amis et expose ce qu’il vient d’apprendre.
- Des
émissaires d’Orléans sont arrivés et demandent fermement de l’aide rapidement. Un convoi doit partir
de Blois dans quelques jours et c’est à la « pucelle » que
Charles a confié le commandement. Tollé général, certains capitaines et
chevaliers sont réticents d’être commandé
par une femme.
Les
jours passent. J’ai aperçu Jeanne une fois avec Éliette, elles ne se quittent
plus.
Aujourd’hui
dimanche 17 avril, Bertrand me rejoint dans mon casernement, cela faisait
longtemps que nous nous sommes vus.
-
Je suis très pris pour le moment, les préparatifs pour Blois ne s’font pas sans
encombres, dans un pays dévasté, il est difficile de trouver tout ce qu’il
faut, tu t’ennuis pas trop ?
-
Non, mais j’ai du mal à voir Jeanne,
-
Elle s’est trouvée une amie à qui elle peut s’confier, c’est une femme, on
n’peut pas lui en vouloir.
-
Sûr, au fait, on lui a trouvé son épée ?
-
Oui, non sans mal, derrière l’autel de l’église se trouve un coffre dans l’quel
on trouve plein d’armes, mais pas l’épée à cinq croix. Il a fallut aux hommes
qu’ils déplacent le coffre et sous les
dalles ils ont trouvé la fameuse épée. Comment savait-elle que cette arme était
là ? Mystère !
-
Et on lui a rapportée, elle est
belle ?
-
Un peu rouillée mais le forgeron en quelques coups dans sa forge l’a remise à
neuf.
Un
instant passe.
-
Si j’ai bien compris vous partez pour Blois.
-
Oui dans deux ou trois jours.
-
Jeanne est prête ?
-
Son armure est presque finie, son étendard aussi. Tu suis avec nous ?
-
Non je ne pense pas mais il me faut une dernière entrevue avec Jeanne.
-
Essaye après les vêpres cet après-midi.
-
D’accord c’est un bon conseil.
-
J’te quitte, on s’reverra avant notre départ.
-
A bientôt.
A
la sortie des vêpres je me risque à la porte de Saint-Julien, Jeanne sort avec
Eliette. Encore elle, je ne vais pas pouvoir l’entrevoir seule. Elle
m’aperçoit.
-
Vous étiez en prières, je ne vous ai pas vu.
-
J’étais derrière, au fond, mentis-je. Éliette l’embrasse, elles se disent quelques
mots, la jeune fille s’éloigne, enfin seule.
-
J’ai appris que vous avez le commandement pour aller à Blois puis à Orléans.
-
Vous en savez des choses, c’est vrai vous êtes un curieux.
-
Eh oui ! Je sais aussi que l’on vous a fabriqué une armure, une épée et
des étendards,
-
Mais savez-vous ce qu’il y a de dessiné sur l’étendard ?
-
Non mais je sens que bientôt je vais le savoir.
-
Il est taillé dans de l’étoffe de bougran blanche et j’ai fait peindre dessus
la terre soutenue par Dieu, aux angles deux anges qui gardent le monde et sur
l’ensemble des fleurs de lys.
-
Et c’est vous qui le porterez ?
-
Oui mais pas toujours, Charles m’a octroyé
deux pages se sera sûrement Raymond qui aura cette charge.
-
Pourquoi cette épée particulière ?
-
Vous êtes vraiment curieux, attention se peut être un péché, la curiosité,
dit-elle en riant.
-
Si c’est un secret je n’insiste pas.
-
Je vais vous le dire, vous m’êtes sympathique.
-
Merci.
-
Parce que mes voix me l’ont conseillé, aux dires de celle-ci elle aurait appartenu
à un grand guerrier qui de son vivant aurait vaincu beaucoup d’ennemis avec
courage,
D’après
une légende, Charles Martel aurait construit une chapelle à
Sainte-Catherine-de-Fierbois et pour remercier la sainte de sa victoire sur les
Sarrasins en 732, il aurait déposé son épée.
-
Ces voix vous les entendez comment ?
-
Doucement dans ma tête, je suis à ce moment là dans une espèce de nuage et je
n’entends qu’elles, c’est magique.
-
C’est très net ce qu’elles disent ?
-
Non c’est un peu flou comme dans un souffle mais je comprends bien.
-
Vous voyez quelque chose ?
-
Oui, c’est comme dans un nuage, je vois une forme tantôt une femme : la
vierge Marie, tantôt un homme l’archange Gabriel.
-
Et comment vous le savez ?
-
C’est eux qui me l’on dit.
-
Vous les appelez ou viennent-ils tous seuls ?
-
Lorsque je ne sais plus quoi faire, je demande conseil.
Un
moment se passe en silence, j’ai peut-être été un peu indiscret, j’ose
demander :
-
Vous partez pour Orléans et après ?
-
Mes conseils me guideront pour libérer la ville et après j’essaierai de
convaincre le Dauphin de se faire couronner roi de France à Reims.
-
Vous n’avez pas peur que le dauphin refuse.
-
Il me refuse déjà, mais j’insiste et j’insisterai jusqu’à qu’il accepte. Ses
yeux sont devenus plus sombres indiquant une volonté à toutes épreuves. Je
change de sujet.
-
Vous aimez bien Éliette,
-
Elle est devenue une amie, elle partage avec moi les mêmes idéaux, elle est
très pieuse et j’ai trouvé en elle une aide précieuse. On s’est promis de se
revoir et de s’écrire.
-
Je vais vous quitter, rejoindre mes amis pour les quelques jours avant votre
départ,
-
vous ne venez pas avec nous ?
-
Non, mais on se reverra soyez en sûr, foi de Quentin. Elle rit et je pris
congé. Après avoir salué mes camarades,
je reprends momentanément ma liberté. Le 21 avril la troupe part pour Blois.