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5.7 Départ vers Tours

 

Le jour de Pâques s’est passé sous un soleil printanier et avec ses offices religieux dans toutes les églises du village. Jeanne a naturellement continué ses dévotions, je ne l’ai pas encore revue. Aujourd’hui le mardi 29 mars, j’espère une entrevue, je me suis risqué vers le château, maintenant habillé en soldat je passe partout. Je suis parvenu devant la tour du Coudray. J’hésite un peu et la porte de la chapelle s’ouvre laissant apparaître le moine Jean. Il vient vers moi.

- Bonjour, vous êtes Quentin je crois, excusez-moi j’ai du mal à retenir les visages. Vous voulez vous entretenir avec  Jehanne ?

- Oui, si cela est possible.

- Elle prie pour le moment, je viens de la rencontrer, patientez un peu.  Là dessus il s’éloigne, pas très causant ce frère. En effet quelques instant plus tard, Jeanne sort de la chapelle, noire vêtue : une robe courte en gros gris noir, un pourpoint noir et un chapeau noir, enfin pour une fille çà fait très austère. Je me dirige vers elle.

- Bonjour Jeanne, vous me reconnaissez ?  Il y eut un moment d'incertitude de sa part, puis avec un sourire

- Ah oui ! Le ménestrel de l’autre jour.

- C’est cela, je suis Quentin, et si vous pouviez me recevoir maintenant j’en serai heureux.

- Profitons du beau temps et asseyons-nous ici dehors.

Il y avait là un rebord de la muraille formant agréablement un siège de fortune. Elle commence par me demander :

- Si j’ai bien compris vous vous documentez sur les événements actuels pour ensuite les écrire en chansons.

- C’est un peu çà.

- Il n’y a pas grande chose à dire depuis notre dernière entrevue.

- Enfin ! Votre séjour à Poitiers, et votre mission comment se présente-t-elle ?

- Trop doucement, pas assez rapide à mon avis.

- Vos parents ne s’inquiètent pas trop ?

- Si, je pense, surtout ma mère Isabelle, elle me manque un peu, mon père Jacques Darc travaille beaucoup dans les champs, je ne le vois moins souvent, mais de cœur il est content de moi.

- Parlez-moi de vos frères.

- Vous savez que j’ai des frères ? Je vais les voir sous peu, ils arrivent à Chinon, j’ai demandé à Charles que mes frères Jean et Pierre viennent à mes cotés et il a accepté.

-  Orléans est un but ou une étape ?

- Une étape et si dieu le veut, je gagnerai et je ferai couronner le Dauphin à Reims.  Elle avait dit çà avec force qui contrastait avec ses paroles douces d’auparavant. Elle ne dit mot un court instant, les yeux dans le vague comme absorbée par une vision passagère. Elle tourne la tête vers moi, ses yeux sont plus doux.

- Je suis un peu fatiguée, nous reprendrons un autre jour cette conversation, vous viendrez avec moi à Orléans, je vous le demande.

- Je vous suivrai, c’est entendu, allez vous reposer, bonne  journée.

Elle reprit le chemin de la chapelle, et moi je retourne au fort saint Georges.

Deux jours de pluie fine comme la Touraine en connaît depuis des siècles, aujourd’hui le 1er avril le soleil a réapparu. La vie de garnison n’est pas très gaie heureusement que je peux m’échapper de temps en temps. J’aperçois Bertrand et Jean de Metz, je leur coure après pour leur dire bonjour. Bertrand se retourne et me voyant s’arrête.

- Eh salut Quentin, on est pressé, on est convié à une réunion importante, on s’voit plus tard. Ils me font un signe d’amitié de la main et s’éloignent rapidement.

 Dans l’après-midi je les retrouve en compagnie de Jean D’Aulon. Je me joins au groupe.

- Cette réunion était importante ?

- Très importante, les conseillers ont accordé à « la Pucelle » une licence de mener bataille avec des gens d’armes, de ce fait Charles a décidé de former la maison militaire de  Jehanne.

- En quoi consiste cette maison ?

- C’est un ensemble de personnes qui entourent les hommes de guerre, tout çà va être fait à Tours pour Jehanne, nous partons dans quelques jours.

- Jeanne m’a demandé de venir avec elle.

- En voilà une bonne nouvelle.

Nous partons tous ensemble vers la taverne, pour boire, il va sans dire. 

 

 

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