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5.6 Le retour de Poitiers

 

Aujourd’hui le 25 mars et vendredi saint, l’attente devient un peu longuette. Mais à l’intérieur du fort règne une espèce de remue-ménage inhabituel. Je m’informe auprès d’un page qui m’annonce qu’une estafette était arrivée annonçant le retour imminent du roi. Je sors du fort et je me poste à l’entrée du château, je ne suis pas le seul. Il y a là tout le long de la ruelle une foule de Chinonais qui espère voir le Dauphin et surtout Jeanne. Les bavardages vont bon train, Jeanne est dans toutes les conversations. Le temps passe et une rumeur commence à monter du bourg. Ils arrivent. En effet les premiers soldats apparaissent suivi du gros de la troupe. Jeanne est devant le Dauphin, toujours habillée en homme, seule sa chevelure dépassant du son bonnet, indique sa féminité.   Viennent ensuite les chevaliers : De Metz, Bertrand, d’Aulon et autres capitaines, des ecclésiastiques qui ont suivi le prince en conseillers. Quelques soldats ferment le convoi.

Je réintègre le fort dans l’attente de rencontrer mes amis. Vers midi j’aperçois Jean d’Aulon. Je m’approche de lui.

- Le bonjour Quentin, vous ne vous êtes pas trop ennuyé ?

- Si, un peu, le temps ne se prêtait pas beaucoup à faire des promenades, çà c’est bien passé ?

- oui, Jeanne a subit des interrogatoires ces jours-ci, on vous racontera çà plus tard pour le moment Charles va réunir tous les capitaines, chevaliers et nobles seigneurs présents à Chinon pour  leur dévoiler  ses intentions concernant Jehanne. Nous nous reverrons dans la soirée.  Il s’éloigne rapidement. Aurai-je le temps de revoir Jeanne ?

Il est maintenant cinq heures de l’après-midi, Bertrand arrive.

- Vient avec nous à l’auberge, nous serons bien mieux pour nous retrouver avec une pinte de bon vin.

- Je te suis. 

 A l’auberge, d’Aulon nous avait rejoint. Bertrand a l’air d’être heureux, il parle avec exaltation, mouline des bras, tandis que Jean est calme et souriant.

- Je parle, je parle mais tu attends peut-être quelques détails de Poitiers, hein ! Curieux ! Je vais donner la parole à Jean qui lui a assisté aux réunions. Sur ces mots, il se verse un gobelet de vin qu’il boit d’un trait. Je me tourne vers Jean qui lui aussi se versait un godet de vin. 

- Le but du voyage était de connaître réellement les intentions de Jehanne. Les conseillers de Charles doutant de ses dires, ont demandé au Dauphin de la présenter au conseil qui siège à Poitiers.

- un tribunal quoi,

- oui et non car les représentants du conseil royal sont essentiellement constitués par des ecclésiastiques et non des juges.

- Çà ne s’est pas passé dans une enceinte de tribunal donc ?

- Non mais chez une dame qui doit se nommer Macé je crois.

- Ils étaient beaucoup ?

- Oh oui ! Il y avait Regnault de Chartres, Archevêque de Reims, les professeurs de théologie : Pierre de Versailles, Jean Lombard, Jean Erault,

- Que des religieux,

- En effet,  les dominicains : Pierre Turelure, Guillaume Aimeri, frère Seguin,  l’abbé Talmont, Guillaume Le Maire chanoine de Poitiers, Pierre Seguin religieux des Carmes.

-Eh bien cela a fait du monde un vrai tribunal quand même.

- Ce n’est pas tout il y avait aussi d’autres docteurs et conseillers entre autres : Mathieu Mesnaige, Jacques Maledon et….. Jourdain Morin.

- Quelle mémoire ! Dit Bertrand son gobelet à la main. Je viens de m’apercevoir qu’il avait commandé une autre cruche de vin.

- Je n’ai pas de mérite je les connais presque tous, répliqua Jean.

- Et que s’est-il dit à cette réunion ?

- Les questions de fond : qui était-elle, d’où venait-elle, qui étaient ses parents ?

- La routine, et après ?

- Les questions sur sa foi : si elle était baptisée, allait aux offices, on lui a demandé de réciter le Notre Père.

- Je suppose qu’elle a pu répondre.

- Oui bien sûr, avec simplicité, mais les réponses aux questions se rapportant aux voix et apparitions ont été plus nuancées.

- Les enquêteurs ont du être plus inquisiteurs sur ces questions.

- En effet, la plupart des représentants, sont sceptiques à ce sujet, mais elle a répondu à toutes les questions sans hésitation démontrant ainsi que c’était dieu qui l’assistait et lui inspirait les réponses. Un silence s’installe, j’en profite pour boire mon vin, pas si mauvais que cela, les vignerons de Chinon font déjà du bon travail. La salle est presque vide, je continue mes questions :

- Et c’est tout ?

- Non cela a duré plusieurs jours, d’ailleurs une journée a été consacrée à sa virginité, comme elle se surnomme « pucelle » ils ont voulu vérifier. Des dames du Carmel sont venues et ses dires ont été confirmés.

- Qu’a-t-elle demandé de plus ?

- Toujours la même chose que depuis son arrivée à Chinon, elle demande des hommes pour délivrer Orléans et ensuite faire couronner le Dauphin à Reims.

- Charles doit être bien embarrassé de tout ceci.

- Le conseil a mis deux jours pour délibérer.

- Jeanne que faisait-elle pendant ce temps ?

- Jehanne logeait dans une propriété, hôtel particulier de la Rose, dans lequel habitait Jean Rabateau avocat général au parlement, et son épouse avait la charge de veiller sur elle. Après les dîners, Jehanne se retirait dans la chapelle de la maison  et restait longtemps en prière. Même, quelquefois, elle se levait la nuit pour faire ses oraisons. Dans la journée où elle restait dans l’hôtel, elle recevait des jeunes filles de Poitiers désireuses de faire connaissance et surtout de comprendre pourquoi elle s’habillait en homme.

- Et que disait-elle à ce sujet ?

- Que pour vivre, combattre avec des hommes il faut être habillé en hommes et pour prévenir les envies charnelles sur elle.

- Elle pense à tout, intervient Bertrand avec des petits yeux.

- Et quel a été le verdict ? Repris-je.

- Eh bien comme on n’a rien trouvé de mauvais en elle, qu’elle est pure, simple, honnête, humble, dévote, le conseil a attesté la bonne foi de Jehanne et que rien ne s’oppose à satisfaire à sa requête.

- Charles doit maintenant savoir à quoi s’en tenir,

- Oui, il a commencé les présentations à la cour et ces jours-ci on va lui confier le commandement d’une troupe.

- Rien que cela, elle en a de la chance pour une bergère d’être traitée comme une personne de haut rang,  vous ne trouvez pas ?

- C’est Charles qui décide, y a t il une cause inconnue que nous ne savons pas mais qui lie Charles et Jehanne ?

Bertrand nous a écouté attentivement tout en sirotant son vin, il me regarde avec des yeux pétillants et riant, il dégoise :

- Ben céans tu en sais des choses, çà t’convient ?

- oui pour aujourd’hui et je crois qu’il est temps d’aller se coucher. 

 Nous reprenons lentement, très lentement, la direction du château. 

 

 

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