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5.5 L’attente.

 

Cela fait déjà une dizaine de jours que l’équipage est parti vers Poitiers. La semaine sainte se prépare dans toutes les églises. Aujourd’hui ce sont les Rameaux. Je ne sais pas comment, à cette époque, on fête l’événement. Pour moi je reste au fort, tranquille. Le capitaine Benoist m’ayant aperçu un jour m’a demandé d’aider au transfert de l’armurerie. Je lui ai dit que j’attendais le retour de Jeanne. Il s’est éloigné en riant. Je me suis exécuté. Aujourd’hui comme il fait un temps de printemps je sors en ville. Je descends cette ruelle mais au lieu de tourner à droite pour aller au Grand-Carroi, je continue tout droit ma descente. Me voici devant une église où une foule de fidèles se dirige. L’église Saint-Étienne. Je lève mon regard vers le grand clocher blanc, magnifique avec ses pierres dentelées. Mais je crois me rappeler que cette tour n’existe plus au XXe siècle. Les pigeons en ont fait leurs logis comme dans tous les siècles Je continue ma promenade parmi les ruelles adjacentes pour admirer les maisons disparues de nos jours. Au bout d’une heure, me voilà de retour devant l’entrée de l’église,  un curé apparaît sur le seuil de la porte saluant les fidèles qui sortent lentement. C’est un homme de petite taille légèrement bedonnant. Je m’approche de lui. En me regardant il me dit :

- Vous n’êtes pas de la paroisse, je ne vous ai jamais vu.

- En effet, je suis de passage dans votre charmante bourgade.

- D’où venez-vous ?

- Je viens de Tours, dis-je pour ne pas entrer dans des détails trop scabreux.

- Vous ne seriez pas par hasard ce voyageur qui est venu voir Jehanne la Pucelle ?

- Oui comment le savez-vous ?

- J’ai rencontré, il y a quelques jours, le frère Pasquerel qui m’a avoué vouloir approcher Jehanne et c’est ainsi qu’il m'a dit avoir fait la connaissance au château, d’un voyageur ayant le même désir.

- C’est vrai je l’ai vu, il me paraissait un peu crédule sur les apparitions que Jeanne avoue avoir aperçues.

- Moi non plus, je ne suis pas satisfait sur la tournure des événements. 

Tout en parlant nous avons pénétré dans l’église, nous nous trouvons maintenant dans le presbytère, en se dévêtissent de ses habits sacerdotaux,  il me fit signe de m’asseoir. Et je lui demande :

- Vous connaissez la famille royale ?

- Oh oui ! Ça vous intéresse ? Vous me semblez être un homme instruit.

- Il est bon de temps en temps de satisfaire sa curiosité. Il s’assied en face de moi.

- Isabelle de Bavière, dite Isabeau, est mariée avec Charles le sixième en 1385. Ils ont eu deux filles et trois garçons. C’est une femme qui aime les plaisirs et entraîne volontiers le roi. Celui-ci perd de temps en temps la tête, on le considère comme fou. Isabeau se lie alors avec Louis d’Orléans provoquant la jalousie du Duc de Bourgogne, Jean Sans Peur, ce qui engendra la querelle des Armagnacs et des Bourguignons.

- Rien que cela.

- Ce n’est pas tout, elle donne sa fille Catherine comme épouse à Henri V d’Angleterre qui devient par ce mariage le roi de France et accrédite par ce fait l’illégitimité de Charles son fils.

- Et le dauphin a eu des doutes de sa véritable filiation.

- Il est jeune, il va mûrir  en vieillissant.

- Mais Louis d’Orléans n’a-t-il pas été assassiné ?

Il s’arrêta, me regarda un instant.

- Je m’aperçois que vous n’êtes  pas ignare.

- En voyageant, on se cultive.

- En effet l’assassinat eut lieu  en 1407, ce qui produisit une guerre civile et la conquête anglaise à Azincourt en 1415. Les Bourguignons se sont alliés avec les Anglais et Isabeau donna son adhésion à cette coalition.

- Ainsi l’inconduite d’Isabeau déshérite son fils Charles, devenu Dauphin après la mort de ses deux frères aînés.

- Vous avez tout compris.

- Mais Charles est jeune il n’a que seize ans je crois,

- En effet, Charles, Dauphin de France, Duc de Touraine, Comte de Poitiers et Roi de Bourges depuis le traité de Troyes en 1420, subit la tutelle de Georges de la Trémoïlle. Il a épousé Marie d’Anjou.

- Si jeune !

- Heureusement sa belle-mère Yolande d’Aragon, lui donne tout son estime et trouve en elle une mère et une alliée. Depuis l’annonce de son illégitimité, Charles doute comme vous le faisiez remarquer tout à l’heure,  qu’il soit  bien le fils de Charles VI le bien-aimé ce qui ne lui donne pas de courage et de fermeté dans ses décisions  pour les affaires de la royauté et rien ne vient contrecarrer son désespoir.

- Jeune et désespéré, heureusement aujourd’hui la venue de Jeanne va lui donner confiance en lui-même.

- Si cela pouvait être vrai.

- Vous verrez bien çà va être remarquable.

- L’optimiste est l’apanage des jeunes.  J’ai déjà entendu çà quelque part. Un silence s’établit  entre nous et il demande :

- Vous avez vu Jehanne ?

- Oui quelques instant.

- Quelle est votre jugement  ?

- Une jeune fille simple, jolie, très ferme sur ses convictions, n’hésitant pas à braver toutes les embûches qu’elle rencontre et ceci avec une foi en dieu inébranlable.

- Elle pourrait être envoyée par Satan se serait pareil.

- Vous avez des doutes ?

- Oui, cela me paraît irréel.

- Je ne partage pas votre conviction et croyez-moi la France va bientôt changer. 

- L’avenir nous le dira,  

Je pris congé de ce sympathique curé et je repris lentement le chemin du retour.

Les jours suivants se  passent sans que rien ne vienne troubler le calme de la compagnie.

 

 

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