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5.4
Le départ vers Poitiers.
Je me retrouve dehors,
Bertrand est là avec deux soldats et le page attendant Jeanne. Lorsque celle-ci
apparu, ils se dirigèrent vers le Grand Logis. Bertrand resta avec moi.
- Maintenant nous
pourrions aller nous restaurer, qu’en
pensez-vous ?
- C’est une bonne idée,
dis-je. Nous repartons en sens inverse de notre arrivée au château.
A l’auberge la salle
était presque vide. Assis au bout d’une grande table, Bertrand me regarde et
avec des yeux curieux me demande,
- Comment
l’avez-vous trouvée ?
- Eh bien, l’entrevue a
été écourtée. Je n’ai pas pu lui poser toutes mes questions.
- Quelles
questions ?
- Sur sa jeunesse, ses parents, ses frères et sa
sœur, comment elle a entendu des voix et ce qu’elle comptait faire. Part contre
une chose m’a surpris, tant de vocabulaire, la façon de parler ne correspond
pas à une bergère de 17 années.
- Ce sont ses parents qui
lui ont fait faire quelques études avec les vicaires du village : lire,
écrire. Quant à l’age je ne pense pas qu’elle a 17 ans, elle en paraît bien
plus et je crois que lorsque je lui enseignais le maniement d’une épée, c’est à peu près ce qu’elle
avait.
- Ce qui laisse à penser
qu’elle a eu une éducation particulière, pouvoir parler de certaines affaires
comme elle me l’a dit, nécessite un enseignement particulier qui n’est pas de la compétence d’une bergère.
Mon compagnon a eu un mouvement de tête dubitatif.
Entre l’aile et la cuisse
de notre poulet, Bertrand dit :
- Je pense que
l’conseil va l’interroger sur ses intentions, va-t-elle les convaincre ?
- Ne vous en faites pas
elle réussira c’est une battante, vous allez repartir bientôt ?
- Oui, à moins qu’on me donne une nouvelle mission
concernant Jehanne.
Dehors le soleil était
haut dans le ciel, mais la température de ce mois de mars est encore très
basse, gélif, la neige avait disparu. Je me drape un peu plus dans ma cape.
Nous regrimpons vers le château à vive allure pour nous réchauffer. Là nous
entrons dans le fort Saint-Georges par un petit chemin. A l’intérieur beaucoup
de soldats vacants à des occupations afférents à leurs grades. Le long des
murailles d’enceintes sont accolés des bâtiments en terrasse. Un chemin de ronde chapote cette enceinte. Au centre
d’autres bâtiments et une église sûrement dédiée à Saint-Georges. A un moment,
Bertrand me regarde de la tête aux pieds et dit :
- Si vous devez
rester avec nous, je pense que de nouveaux habits s’imposent.
On se dirige vers une
sorte de hangar en bois, on rentre et dans la pénombre je discerne des étagères
pleines de vêtements. Un homme s’approche et parlemente avec Bertrand tout en
me regardant. L’homme s’éloigne et quelque instant plus tard revient avec une
sorte de tunique en drap marron ocre, un pourpoint noir, des chausses noires,
un gros ceinturon noir et un casque. Il me les donne, Bertrand me regarde en
riant :
-Tiens mets çà, tu
passeras plus inaperçu qu’avec tes hardes venues de ne sais où. Ha !
Ha ! Je m’habille rapidement pardessus mes anciens habits. J’ai noté qu’il
m’avait tutoyé, je dois monter dans son estime.
Nous sortons, évidemment
ma tenue est plus d’époque d’autres
personnes avec le même accoutrement déambulent dans la cour. J’ai gardé mon
bonnet sous le casque.
Nous voyons Jean de Metz
qui arrive à grands pas vers nous.
- Jehanne a passé
un examen auprès des conseillers du roi avec succès.
- Qu’y avait
il ? Demanda Bertrand.
- Pas mal de monde
entre autre avec Charles, Gérard Machet, tu sais l’archevêque de Tours et
Georges de
- Ah oui c’est
Quentin ! tu l’as enrôlé à c’que j’vois. Ils se mirent à rire.
Nous terminons cette journée ensemble dans le
fort Saint georges.
Le lendemain, Bertrand me
dit :
- Charles doit
aller pour quelques jours à Poitiers où se situe le Parlement et le Conseil, je
suis du voyage et l’on doit préparer l’escorte. Je ne sais si vous pouvez
venir.
- Cela ne fait rien je
vais visiter Chinon et vous me raconterez ce qui se sera passé. Et Jeanne que
fera-t-elle pendant ce temps ?
- J’ai comme l’impression
qu’elle sera du voyage, nous verrons çà demain.
Comme aujourd’hui le
temps n’est pas au beau fixe, je reste à l’abri. Je fais connaissance avec un
capitaine jovial, il rit tout le temps. Il m’interpelle.
- T’es nouveau ?
- Oui capitaine, je suis
arrivé avec Bertrand Poulengy de Vaucouleurs, mentis-je.
- Ah ! Tu suis la
pucelle…Ha ! Ha ! À la trace.. Ha ! Ha !
- Cette hilarité me
décontracte un peu. Il continue :
- Vas-tu à Poitiers avec
elle ?
- Non, je reste ici.
- Elle à pas voulu de
toi.. Ha ! Ha ! As-tu un gîte en attendant ?
- Ben non.
- Je vais te trouver çà.
Il s’éloigne, disparaît
dans un bâtiment, réapparaît, me fait signe, je m’approche.
Viens je t’ai trouvé une
chambrée désaffectée et on te laissera tranquille, tu pourras penser à ta
belle. Ha ! Ha !
En soirée un soldat
m’averti que je ne pouvais pas rester dans cette chambre.
- Pourquoi ?
- Le capitaine Benoist
assure ce bâtiment, et s’il te voit il va te faire déguerpir.
- Qui c’est ce
Benoist ?
- Facile à le
reconnaître, il rit tout le temps.
- Ah ! Oui, pas de
problème, c’est lui qui m’a introduit ici, il n’a pas l’air d’être sévère.
- Ne t’y fit pas, l’armée
il n’aime pas, il vient d’une famille où on impose aux enfants ce qu’ils
doivent faire.
- De qu’elle famille
est-il issue ?
- Des Hautefaye en
Saintonge : Benoist de Hautefaye.
- Merci l’ami, je me
tiendrais sur mes gardes.
Le lendemain je suis
sortis dans le bourg. Mon nouveau costume a pour effet de laissez-passer, les
postes de gardes sont franchis sans encombre. Je n’ai pas encore vu mes
compagnons, le départ à Poitiers doit leur prendre tout leur temps. Depuis tout
à l’heure, j’ai croisé pas mal de cavaliers qui se dirigeaient vers le château.
Le reste de la journée se passe sans évènement majeur.
Au soir Bertrand me
présentent deux personnes : un chevalier et un moine. Je suis surpris de
cette marque d’attention.
- J’vous présente
Quentin un voyageur venu d’on ne sait d’où mais qui a toute ma sympathie. Çà
fait plusieurs jours que nous sommes ensemble et je pense que nous pouvons
l’avoir comme compagnon. Quentin j’te présente Jean d’Aulon et frère Jean
Pasquerel.
- je suis très honoré de
vous connaître. Je suis un peu ému, je ne sais que dire. Le chevalier
Jean d’Aulon fait partie des gens d’armes imposants assez râblés possédant une
forte musculature et avec un regard franc plus vieux que Bertrand, la
quarantaine. Frère Pasquerel, grande stature, habillé d’une chasuble marron, le
nez aquilin, me fait penser à un homme peu facile à impressionner.
D’Aulon s’adresse à
moi en me prenant la main:
- Si vous avez la
confiance de Bertrand vous avez aussi
la mienne.
- Merci.
Pasquerel me regarde et dit :
- Il paraît que
vous vous intéressez à la pucelle.
- Oui, n’a-t-elle pas un
projet captivant pour l’avenir de
- L’avenir le dira, pour
le moment elle est là, elle bouleverse les habitudes de la royauté au nom de
dieu.
- J’ai foi en elle,
dis-je. Il me regarde sans conviction.
Les deux personnages
s’éloignent. Bertrand me souffle :
- Le départ est pour
demain à l’aube, Jehanne vient avec nous mais je n’ai pas pu te faire admettre
au voyage. Je pense que nous serons revenus pour Pâques.
- J’attendrai ne
qu’inquiète pas.
Le lendemain le 10 mars
vers 8 heures, la colonne disparu dans la brume.
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