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5.3
Entrevue avec Jeanne.
Le lendemain matin, je
retrouve la troupe au complet. Le soleil enfin décide de se montrer mais nous
sommes encore en hiver et malgré la basse température, j ‘ai retrouvé les
compagnons de Jeanne. Après avoir grimpé jusqu’au château rapidement et
essoufflé, la troupe passe le pont en bois et entre d’une traite le poste de
garde me laissant à l’entrée. Après
quelques minutes d’attente, Bertrand revient vers moi.
- Excusez-moi nous
étions impatients de savoir si l’entrevue a bien eu lieu et comment çà s’est
passé.
- Et alors ?
Dis-je, connaissant la réponse.
- C’est fait en grande
ligne, elle lui a parlé mais il doit réfléchir. Le lieutenant du roi, le
chevalier Guillaume Béllier, a demandé à sa femme de loger Jehanne. Elle a
accepté, Jehanne habitera le donjon du Coudray pendant cette attente.
- Et vous au fort
Saint-Georges.
- Sûrement.
Je demande :
- Je peux rentrer ?
- Hum ! Je n’sais pas. Il me regarde rapidement de
la tête aux pieds en disant :
- Venez avec moi.
Je le suis et arrivé au
poste de garde, il s’entretient avec deux soldats pas très réjouissants. Au
bout de quelques minutes il me fait signe, je m’approche et je subis une
fouille en règle. Nous entrons. :
- J’ leur ai dit que vous
étiez avec moi, un messager, que vous veniez d’arriver. Je pense que vous aller
pouvoir rencontrer Jehanne. »
Nous pénétrons ensemble
par une grande porte ouverte. Nous passons entre deux murs assez haut formant
une espèce de couloir. Une autre porte de ceinture celle-la est franchie. Nous
sommes dans la partie centrale du château du milieu. Des gens de toutes
conditions déambulent dans tous les sens, une vraie fourmilière. A droite deux
bâtiments, sûrement les communs, je vois des palefreniers avec des chevaux, à
gauche, un grand bâtiment : « Le Grand Logis ». On y accède par
un grand escalier se terminant par un perron. Ce doivent être les appartements
royaux, des logements de certains capitaines et la grande salle de réception ou
d’apparat comme on disait à cette époque. En dessous de ce niveau, par des
petites fenêtres, j’aperçois des gens qui s’affairent autour de tables :
les cuisines, et les salles de service. Une chapelle est contiguë à ce
bâtiment, je ne sais plus à quel saint elle est dédiée St Macaire ou St Méléne.
Péniblement je suis mon guide. Nous arrivons à une autre porte d’enceinte, elle
est fermée et un homme en armes est posté devant. Bertrand lui dit quelques
mots, la porte s’ouvre, nous passons.
Encore des douves, impressionnantes celles-la. Par l’intermédiaire d’un pont en
bois, nous franchissons ce large et profond fossé. L’enceinte du fort du
Coudray est passée sans encombre. La tour est à ma droite, majestueuse. Après
avoir parcouru une coursive reliant les différentes tours, nous arrivons devant
une petite porte.
- J’vais voir si Jehanne
est présente et si elle peut nous recevoir.
Je reste donc auprès de
cette petite porte en attente. Accolé à la tour une petite chapelle, St Martin,
c’est là que Jeanne doit faire ses dévotions. Quelques minutes plus tard
Bertrand réapparaît dans l’embrasure de la porte, il me fait signe de venir.
- Elle est là, et
quand je lui ai dit qu’un voyageur désirait la rencontrer, un moment de
réticence puis elle a accepté de vous voir maintenant.
Mon cœur commence à
battre plus fort, je vais enfin avoir la possibilité de lui poser les questions
qui me taquinent depuis le départ dans ce siècle. On descend un escalier en colimaçon et arrivé dans une
vaste pièce, sobrement meublée d’un lit, d’un bahut avec des chandeliers posés dessus, je discerne dans la pénombre,
une jeune fille assise à une table. Elle se tourne vers moi et dit d’une
voix douce:
- Approchez et
asseyez-vous.
Je m’avance près de la
table, je m’assieds sur un tabouret. Mon guide a disparu, il est ressorti sans
m’en apercevoir. A ce moment, près de la cheminée, j’entrevoie une femme
assise, sans doute la propriétaire des lieux, silencieuse elle surveillait
l’entrevue.
Jeanne vêtue d’une espèce
de robe en drap marron, avec ceinturon et capuche, on aurait dit une nonne
sortie de son couvent. Les cheveux longs bruns presque noirs, tombant sur ses
épaules, un nez fin et rectiligne, ses
yeux foncés lui donnent une rudesse dans son regard. Je me rappelle que
les actrices ayant joué son rôle, étaient très loin de la réalité avec leurs
yeux bleus et cheveux blond, je lui
souris. Elle me regarde droit dans les yeux, pas effarouché.
- Pourquoi
voulez-vous me rencontrer ?
- J’ai beaucoup entendu
de choses sur vous, mais les ouï-dire ne sont pas des vérités, comme j’ai la chance
de pouvoir m’entretenir avec vous, je profite de cet instant privilégié pour
mieux vous connaître.
- Mais qui
êtes-vous ?
- Je m’appelle Quentin
Faubert et je parcours le pays à l’affût
des nouvelles, des faits de guerre, pour rencontrer divers personnages
qui côtoient la cour. Cela me permet par la suite d’écrire des odes pour
l’éternité.
- J’entrevois un
ménestrel en vous mais où est votre luth ?
- je n’en ai pas ici,
c’est trop encombrant pas pour voyager.
- Que désirez-vous
savoir ?
Elle s’est levée et
marche lentement de long en large dans la pièce. Elle n’est pas grande, comme
la plupart des femmes de cette époque mais sa fine silhouette la grandie un
peu.
-J’ai ouï-dire que vous
avez eu des problèmes pour vous faire entendre à Vaucouleurs.
- Tiens donc ! Vous
savez cela, c’est vrai, le capitaine Robert de Baudricout a été réticent de mes
nombreuses allégations, une fois il a été jusqu'à me proposé à ces hommes, le
goujat, évidemment j’ai tout fais pour les dissuader.
- En effet, ce n’est pas
bien envers une jeune fille, le mufle.
- Vous me comprenez, j’en
suis heureuse. Je suppose que ce n’est pas la seule question ?
- Non ! Vous avez
réussi à approcher le dauphin, comment cela s’est-il passé ?
- Vous êtes un petit
curieux.
Elle avait dit cela avec
sourire malicieux.
- Cela n’a pas été
facile, il a fallu que j’attende plusieurs jours cette entrevue, mais enfin
hier soir le comte de Vendôme m’a servi de guide, j’ai pénétré dans la grande
salle éclairée par de nombreuses torches. Il y avait là beaucoup de monde, des
seigneurs, et leurs compagnes, des
capitaines, des hommes en armes. J’étais un peu troublée car je pensais le voir
seul.
- Je pense que ne vous
connaissant pas et par ces temps troubles, la méfiance est de règle,
- Je l’ai bien compris. A
mon entrée, les gens s’écartaient pour me créer un chemin vers un trône. Ils
conversaient par petits groupes, certains sans faire une attention particulière
à ma personne, d’autre au contraire me regardaient avec des regards attentifs à
ce qui allait se passer. On m’indiquait
avec insistance la direction à suivre.
J’ai parcouru lentement ce chemin qui m’était offert, mais l’individu assis sur le trône avec les attributs de la
charge royale ne me semblait pas être Charles, plus vieux, plus lourdaud.
- Vous l’aviez déjà
vu ?
Jeanne s’est assise
devant moi.
- Non, Il est vrai que je
ne le connaissais pas mais j’avais eu seulement l’occasion de voir une fois sa
mère, Isabeau de Bavière, lors d’un pèlerinage avec ma mère à Saint Nicolas de
Nancy. Hésitant à quelques distances de cette personne, je me mis à les
dévisager tous, autour de lui, en revenant sur mes pas et progressant vers la
cheminée, j’ai aperçu dans la pénombre, un homme la tête baissée, vêtu
simplement qui ne pouvait pas être seigneur mais qui avait une prestance
incompatible avec son habit. Je le regardai fixement comme attirée vers lui.
Une espèce de lueur émanait de sa personne.
Il me regarda d’un regard très évasif, et là j’ai cru voir quelques traits
d’Isabeau sur son visage. Je me suis approchée et en me jetant à ses
pieds je lui dis:
« Gentil dauphin, je
suis Jehanne
Il y eut un silence ses
yeux fixant un lointain imaginaire.
- Il a voulu me
mettre à l’épreuve mais Dieu m’a guidé, dit-elle.
Captivé par sa narration, je demande :
- Et qu’a-t-il dit
ensuite ?
- Il m’a emmenée dans une
pièce contiguë, et là nous avons conversé des affaires le concernant et le
futur de
- Je vais peut-être être
indiscret, que lui avez-vous dit pour le décider ?
- Petit indiscret, c’est
un secret entre Dieu et lui, plus tard ce sera à Charles de décider de le
divulguer s’il le désire.
Je n’en saurai pas plus à ce jour. Un page
arrive indiquant à Jeanne que le dauphin la demande de suite. Il disparut aussi
vite qu’il était arrivé par la petite porte.
- Je vais vous quitter, je
vous remercie de m’avoir reçu et j’espère que nous pourrons nous rencontrer à
nouveau.
- Peut-être, avec ma
mission je vais être très prise, mon temps est précieux ma devise
est : plutôt aujourd’hui que demain. Bien à vous et que le
seigneur vous protège.
- A vous aussi,
Je pris
congé. J’imagine que pendant cette entrevue, Jeanne a révélé des secrets
de famille, qu’elle a levé le doute qu’avait Charles sur sa naissance, car à
partir de ce moment, il n’a plus été le même.
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