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5.2 Contact.

 

La neige s’est transformée en petite pluie fine. Parmi les va-et-vient de personnes  en armes qui défilent devant moi, je vois deux hommes monter cette ruelle venant de la ville. Ils ne sont pas grands mais costauds, aguerris par de lointains combats. L’un deux me jette un regard furtif. Ils arrivent à la porte de la tour d’entrée. Le garde parlemente quelques instants. Un  homme pénètre dans le château, l’autre revient vers moi.

- Salut l’ami,  me dit-il,  on m’dit que vous voulez voir Jehanne, pourquoi ?

 Il avait l’air méfiant, peut-être me jugeait-il être un espion à la solde des Anglais. Je répondis :

- Je m’appelle Quentin et je suis un voyageur parcourant le pays, sans attaches, je me méfie des Anglais, des Bourguignons et autres brigands. A chaque fois que je soupçonne un événement important, je m’arrête. C’est pourquoi aujourd’hui je désire voir Jeanne.

- Parce que vous croyez à un événement important ?

- Oui.

- Une enfant qui dit entendre des voix c’est important ?

- Oui, vous ne croyez pas ? Surtout avec cette foi  de vouloir voir le roi.

- En effet, elle n’a pas son pareil pour arriver à ses fins.

- Pourrais-je la voir ?

- Çà va être difficile, elle n’est pas visible, tous les jours elle entre au château en attente d’être reçue, elle se recueille dans la chapelle jusqu’au soir, mon compagnon Jean de Metz est parti la chercher, la nuit va tomber.

- Et vous je peux connaître votre nom ?

- Bertrand de Poulangy, écuyer détaché de la place de Vaucouleurs, 

 Ce doit  être un bon gars malgré son air bourru, encore jeune pour son emploi.

- Sur le chemin pour venir, vous avez sûrement  trouvé de la résistance anglo-bourguignonne.

- Oui pas de problèmes, mais à partir de la ville de Gien, nous avons fait un détour  par le sud,  le chemin était plus sûr.

- Et les pillards ?

- Pas vu un seul, il faut dire que nous parcourions la campagne à vive allure.

- Vous avez dû passer par Sainte Maure et Sainte Catherine-de-Fierbois.

- Vous avez l’air de connaître la région.

- Je suis de Touraine,

- Ah bien ! 

 Son regard absent fixé sur moi restait interrogatif et après un court moment il reprit :

- Jehanne a voulu s’y arrêter. Elle a demeuré quelques jours dans l’aumônerie et là, elle a écrit au dauphin lui annonçant son arrivée prochaine et lui demandant de la recevoir.

Déjà l’écuyer Jean arrivait à grands pas, seul.

- Eh ben! Qu’est-ce qui c’passe?

- Le dauphin va la recevoir c’soir, J’ai vu le comte de Vendôme qui me l’a confirmé.

- Enfin, c’est une bonne nouvelle, rejoignons  nos compagnons. 

Il hésite un moment en me regardant

- Rendez-vous demain ici ou vous venez-vous avec nous?

- Oui, je vous suis. 

Nous descendons le chemin plus facile dans ce sens:

- Demain je verrai peut-être Jeanne si son entrevue s’est bien déroulée.

- Je n’en suis pas si sûr, De La Tremoïlle fait barrage.

- Ah bon! Qui c’est celui là ?

- C’est plus ou moins son tuteur, il veille sur lui. Devenu silencieux, il me fit signe et me montra une ruelle,

- Là-bas, au fond de cette ruelle Jehanne est hébergée, nous, on est à l’auberge du Grand-Carroi,

- Tiens ! Pourquoi vous n’êtes pas logé au château ?

- Tant que Jehanne n’est pas acceptée,  on nous connaît pas.

 La ruelle présente une forte déclivité qui accentue notre allure. Arrivé à un carrefour, j’aperçois au pied d’une maison en bois, un puits je me risque sournoisement :

- C’est ici que vous êtes arrêtés en arrivant à Chinon.

Bertrand s’arrête, tourne la tête vers moi :

- Euh oui ! comment le savez-vous ?

- Une personne que j’ai questionnée me l’a dit et elle m’a même raconté que Jeanne vêtue  comme un homme, s’est servie de ce rebord de margelle de puits pour descendre de son cheval, 

 Il me regarde du coin de l’œil.

- Quelle question ! Vous êtes curieux ! C’est vrai, nous l’avions habillée avec une tenue d’homme  pour un voyage à risque il valait mieux et apparemment çà lui convient. Pour la descente de cheval, je ne l’ai pas vue mais cela a pu se faire, cette petite femme sur une grande monture et après un si long voyage, elle était fatiguée, çà vous convient comme réponse, dit-il sérieusement. Je n’ai pas de confirmation de la légende le temps fera le reste.

Nous arrivons au Grand-Carroi. La nuit est tombée. Nous pénétrons dans l’auberge en descendant deux marches, un feu crépite dans la grande cheminée ce qui réchauffe un peu l’atmosphère, quelques clients sont assis à de grandes tables. Une bonne odeur de safran règne dans la grande salle. Après avoir palabré avec le maître des lieux,   j’ai trouvé refuge à l’auberge ce qui m’a permis en dînant avec les hommes de Jeanne, d’approfondir mes connaissances sur les motifs du voyage. Nous sommes attablés tous les sept. Je fais la connaissance des quatre autres accompagnateurs, de jeunes valets d’armes, quinze ans à dix-huit ans pas plus. Devant une écuelle de soupe grasse, regardant Bertrand avec qui le dialogue avait commencé, je demande,

- Comment Jeanne s’est-elle prise pour vous amener à Chinon ?  Il eut un moment de silence en regardant les autres attablés et puis moi dans les yeux, je dois commencer à le barber avec mes questions, il eut un rire rauque.

- Sacré Quentin, enfin ! Depuis plusieurs années, elle avait 12,13 années, quand dit-elle avoir entendu des voix lui disant d’aller voir le roi. Évidemment sa famille ne comprit pas ses allégations. Elle insistait  de temps en temps.  L’an passé, en mai, elle a réussi à décider son oncle Durant Laxart de l’accompagner  sur la place forte de Vaucouleurs. Elle fût reçue par le capitaine Robert de Baudricout et lui demanda une escorte pour se rendre à Chinon voir le roi.  Celui-ci l’a éconduite gentiment.

- C’est normal la demande était énorme pour une enfant.

- Ouais ! Mais  depuis un certain temps dans la région de Domrémy, les troupes du gouverneur de champagne, Antoine de Vergy pour le compte du roi d’Angleterre, sévissaient, dévastant tout dans la région, fermes, églises  créant un régime de terreur. Nous avons été sollicités plusieurs fois. Et depuis l’an passé on a appris que l’Anglais Salisbury tient un siège devant la cité d’Orléans.

Il s’arrête un instant.

- Et alors, dis-je impatient,

- Eh ! Doucement la journée a été longue.

- Excusez-moi.

Il reprit :

- Début de cette année, Jehanne revint voir Baudricourt, lui redemandant  de satisfaire sa requête lui indiquant que sa mission était de sauver Orléans et de faire sacrer le dauphin à  Reims. Le capitaine hésitait, embarrassé demanda à Jehanne un peu de temps pour réfléchir. Elle insista, au début du mois dernier et c’est là que nous avons été choisis pour venir à Chinon.

- Vous connaissiez Jeanne ?

- Jehanne n’est pas une inconnue pour moi, Jeannette comme on l’appelait, j’ai eu quelques occasions de la voir à Domrémy, ses parents m’ayant demandé de lui apprendre le maniement  d’une épée.

- Curieux pour une fille, et gardienne de moutons.

- Ouais !Mais c’est une battante, elle sait ce qu’elle veut. Son père avait trouvé une épée, sans doute d’un bourguignon, et elle s’en servait avec dextérité aux dires de ceux qui la voyaient dans les champs la manipuler dans tous les sens.  

- C’est bizarre …enfin ! Après cette pugnacité, j’espère qu’elle va réussir cette fois-ci.

- Nous aussi parce que notre mission sera terminée et nous retournerons à Vaucouleurs.  La salle étant alors presque vide nous décidâmes d’aller nous reposer.

 

 

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