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5.1 Arrivée à CHINON.

 

J’arrive dans ce lieu frigorifié, il ne fait pas chaud, le soleil est caché par des nuages très bas. La neige tapisse le sol et les branches des arbres sont recouvertes d’une guirlande blanche. Mon calendrier temporel m’indique 6 mars 1429 c’est pour cela qu’il  fait froid. Cette contrée se situe aux environs de Chinon. Avant de partir, je m’étais accoutré de vêtements adaptés à l’époque : un long manteau avec capuchon, sorte de chape de ce temps-là. Je suis donc au jour où Jeanne va rencontrer le roi. Je longe une rivière, la Vienne, pendant quelques kilomètres. Une embarcation est amarrée sur la rive. A coté d’une cabane en planches, deux hommes sont en pleine conversation. Tous les deux habillés en braies vertes avec un collet  à capuche  marron. Je m’approche en silence. Dès qu’ils me voient, ils s’arrêtent et avec une attitude de méfiance, font volte-face vers moi, J’ai l’habitude, dans mes nombreux voyages cela se présente très souvent.  Je branche mon traducteur simultané et pour une bonne compréhension je vous livre la traduction des dialogues en français de notre siècle. Je me risque à haute voix :

- Le bonjour messires, il fait frais aujourd’hui.  Ils se regardent, reculent un peu, et l’un d’eux, le plus hardi me lance avec méfiance :

- Qu’es-tu veux étranger ?

- Je suis Quentin Faubert et je voyage dans votre région,

- T’es Anglais ? 

- Non, qui te fait dit cela ?

- C’est que t’es drôlement accoutré.

Mon traducteur fonctionne, il a l’air d’avoir compris, il entonne en regardant son compagnon 

- Ouais ! Qui m’dit que tu ne mens pas ? T’es peut-être un de ces brigands qui vadrouillent dans la forêt ? 

- En effet rien, tu peux vérifier, je n’ai pas d’armes.

 Un silence s’installe.

- Où vas-tu ?

– Je vais à Chinon, je suppose qui faut passer  la rivière et je ne sais pas nager.

 Ils rirent, c’est bon signe.

- Ouais! , mais tu as  encore quelques lieues à faire,

- Vous pouvez me passer ?

- À Chinon il y a un pont mais si tu veux  j’te passe dans ma barque.  

Il   me fit signe de le suivre. Assis dans son embarcation faite de planches grossièrement équarries. J’ai les pieds dans l’eau. Je n’ai pas très confiance. Mon passeur, avec des gestes rapides de sa rame, me regarde et dit :

- Et que viens-tu faire à Chinon ?

- Je viens voir Jeanne.

- Ah ! Tu viens voir la jeune Lorraine.

- Oui, j’espère la rencontrer.

- Sa venue fait grand bruit, qu’est-ce qu’elle croit, j’ai entendu dire  qu’elle parle avec les anges

- On le dit c’est vrai

- Et c’est pour ça que le roi va la recevoir.

- Elle dit vouloir l’aider à sauver la  France.

- Eh ! ben rien que ça !

- Ce serait bien pour nous, non ?

Il ne dit mot, apparemment la venue de Jeanne le laisse dubitatif.

La traversée continue en silence et rapidement nous voilà sur l’autre rive, ouf ! Il était temps, l’eau avait monté de plus en plus , mais cela n’avait nullement inquiété mon passeur. Il m’indique le chemin pour me rendre à Chinon.

- Deux lieues environ, fait attention les rives sont dangereuses.

- Merci l’ami et bonne journée.

Je longe la rivière, l’implantation des maisons est de plus en plus dense et une grande fortification se dresse devant moi. Je passe par une porte où transite une foule de personnes,  ce qui m’indique que je ne suis pas loin du centre de la bourgade. En effet au détour du chemin, derrière les derniers arbres j’aperçois une grande muraille avec des tours, des toits ardoisés : c’est le château. L’ayant visité au XXe siècle çà fait un choc de le voir en entier.  A ma gauche, le fameux pont qui enjambe la rivière fière de ses 15 arches. Il s’appuie en son milieu à l’extrémité d’une île. On peut voir à l’autre bout du pont une petite forteresse, avec des tourelles, qui ferme son accès protégeant ainsi le bourg du sud.  Derrière se profilent quelques maisons aux toits pointus, et sur la rive j’entrevois une église, sans doute saint Jacques-des-ponts, qui par la suite donnera le nom à l’ensemble des maisons. Je pénètre dans le village. Au carrefour central dit le « Grand Carroi » une grande foule m’accueille. Pas chaleureusement : la méfiance est de règle en ce temps trouble. Après un court instant, les chalands reprennent leurs occupations. Je regarde les maisons, j’en reconnais quelques-unes. Celle-ci avec ses encorbellements et ses colombages remplis de pissée. D’autres entièrement recouvertes d’ardoises. Peu ont plus de deux étages, mais des greniers avec des lucarnes en bois.  Je me promène dans les ruelles et je distingue dans une échoppe, des sacs de sel. En ce temps-là les gabarres navigantes sur la Loire font commerce, vont  chercher le sel à Guérande et remontent la Vienne.

J’emprunte une venelle montante vers le château, A ma droite un immense  bâtiment avec des tours aux angles, entouré de profondes douves, Devant moi un pont en bois avec un pont-levis baissé qui accède à la tour d’entrée : la tour de l’horloge. La porte est ouverte. Je me risque mais je suis vite arrêté par un énorme gaillard casqué et cotte de maille sur la poitrine. Il me lance:

-  Ola ! on ne passe pas, que voulez-vous, il faut un laissez-passer,

- Je suis un voyageur et je sais qu’une jeune fille a demandé audience au prince, je voudrais la rencontrer.

- Ce n’est pas possible, me dit-il impérativement, et il poursuit,

- En effet, il y a plusieurs jours qu’elle est arrivée avec ses hommes, elle loge chez la femme de Roger de la Barre, un bourgeois du bourg, elle attend le bon vouloir du prince. Son équipage loge pour le moment à l’auberge du Grand-Carroi.

- Je pourrai peut-être les voir ?

 - Ils viennent plusieurs fois par jour aux nouvelles. Attendez-les, si vous voulez des renseignements.  lI s’éloigne.

Quelques flocons de neige  commencent à tomber. Je me mets à l’abri sous quelques arbres. Le grand mur que je vois devant moi doit être ce fort saint Georges qui ne subsistera plus au XX° siècle à part quelques vestiges de murs. En fait à Chinon il existe une colline en forme d’éperon rocheux très haut et qui domine la rivière au sud et la vallée du nord. Les Romains l’avaient déjà repéré puisqu’ils  y  avaient construit un « castrum »(camps fortifiés). Puis une forteresse mérovingienne.  Suivant les époques l’ensemble qui forme le château est en fait constitué par le fort du Coudray, le fort du Milieu et le fort Saint-Georges. Chaque fort étant séparé par de profondes douves et entouré par une grande muraille d’enceinte. Celle-ci est agrémentée par de hautes tours de défense chacune portant un nom : tour d’Argenton, tour du moulin, tour de Boissy.  En ce moment, je crois savoir que la suite royale habite le fort du milieu.

 

 

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