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11- Léonard de Vinci

 

Janvier 1515 au décès de Charles VIII, le fils de Louise de Savoie et du comte  d’Angoulême, Charles d’Orléans, devient François 1er. En effet, Charles, n’ayant pas de descendant mâle, sa fille Claude de France avait épousé François en 1514 ce qui réunit définitivement la Bretagne à la France.

Il est né à Cognac en 1494. Sa prime jeunesse se situe à Romorantin, fief de la famille Valois-Angoulême, puis à six ans il vint à Amboise où il fut instruit dans tout y compris les arts, le sport et l’éducation militaire.  Les trois premières années de son règne il habitat Amboise. La vie de cour s’organise avec des fêtes qui se succèdent comme des bals, des tournois etc.. François aimait avoir sa cour avec lui et il emmenait celle-ci dans tous ses déplacements, très souvent de Paris à Saint-Germain-en-Laye ou à Amboise si ce n’était à Blois. Fontainebleau était aussi une destination. Les fêtes ruineuses se succédaient.

 

 Pour mémoire, car ce n’est pas en Touraine que cela se passa, allié avec Venise, il continua la guerre en Italie contre les Suisses, il gagna la bataille de Marignan le 13 septembre 1515, l’année de son avènement.

 

Grand amateur de luxe, il aimait tout ce qui était grandiose, il fit achever le château de Blois. Il fit exécuter un pont sur le Cher en prolongement du château de Chenonceau. Il termina l’aile du château d’Amboise commencée par son prédécesseur. Après avoir fait raser le petit château de Chambord, cher à Louis XII, il commença les travaux de son futur rendez-vous de chasse tel qu’on le connaît actuellement. Même quand l’argent vient à manquer, il est réduit à piller les trésors des églises ou de faire fondre les argenteries de ses sujets afin de poursuivre les travaux. Lors d’une fête des rois le 6 janvier 1571 à Romorantin, il reçut sur le crâne accidentellement, une bûche enflammée. Les médecins pour le soigner, lui rasèrent la tête. C’est alors qu’il décida de se laisser pousser la barbe.  

 

Il décida Léonard de Vinci  à venir s’installer à Amboise en 1516. Le petit manoir de  « Cloux » ( Maintenant  le Clos Lucé), appartenant à Louise de Savoie, fut sa demeure jusqu'à sa mort. Né à Vinci vers 1452, il avait un charme extraordinaire, il conversait avec séduction, ses amis disaient de lui que c’était la générosité même. L’envie de le connaître, me fit entreprendre un voyage à Amboise.

 

Me voici en cette belle journée du samedi 10 octobre 1517, au bord de Loire à Amboise. Le château est à ma gauche, resplendissant  et je m’engage dans cette ruelle que j’entrevois en face de moi. Beaucoup de monde, c’est une ville riche à voir les étals des marchands et la tenue vestimentaire des chalands, je poursuis mon ascension, car il faut vous dire que cette ruelle est pentue. Je hèle un homme de forte corpulence.

- S’il vous plait, messire, je cherche la direction du manoir de Cloux, pouvez-vous me l’indiquer ?

- Mais certainement, continuez c’est tout droit.

- La route monte toujours aussi raide ?

- Oui, au moins une lieue mais après c’est plat, le manoir, vous ne pouvez le louper c’est la seule bâtisse que vous trouverez à votre droite.

- Merci et bonne journée. Il me fit un signe de la main à son chapeau.

C’est vrai la côte est rude mais voici le plat tant attendu. Je ne vois plus d’habitations autour de moi, seulement des arbres. En me reposant un peu, je jette un regard circulaire et vers le château j’aperçois entre quelques végétaux, le clocher d’une église, ce doit être la chapelle Saint-Hubert. Je reprends mon chemin. Ah ! Voici une clôture en pierre et un peu plus loin un portail en bois entrouvert. Je me risque, personne en vue, le manoir est maintenant devant moi.

- Que faites-vous ici, vous êtes perdu ?

Je me retourne, deux jeunes filles avec tabliers blancs et bonnets en dentelle, se tenaient là, des servantes sans doute.

- Le bon jour, ravissantes personnes, je cherche le manoir de Cloux, c’est bien ici ?

La plus près de moi s’avance.

- Oui c’est ici, vous désirez voir quelqu’un ?

- Le maître Léonard si cela était possible.

- Oh ! Alors là il faut d’abord voir Francesco, son compagnon.

- Et comment je fais ?      

- Simplement en sonnant la cloche à la porte d’entrée.

- Merci, vous habitez ici ?

- Non ! Dit-elle, mais nous y travaillons comme lingères.

Et elles partirent en riant.

 

Ding-dong, je suis à la porte. La porte s’entrouvre. Un homme se tient droit comme un i, un valet sans doute.

-Que voulez-vous ?

- M’entretenir avec le sieur Francesco, si c’était possible.

- Vous avez un rendez-vous ?

- Non je suis de passage dans votre ville.

- Qui dois-je annoncer ?

- Quentin Guesdon.

- Je vais voir si cela est possible, attendez ici. La porte se referme.

Un instant s’écoule, la porte s’ouvre à nouveau.

- Entrez on va vous recevoir. Je suis dans une petite entrée, sans meuble, les murs dénudés, seules les pierres blanches apparentes avec des joints gris.

- Sieur Quentin m’a-t-on dit ?

- Oui ! Surpris, un homme de petite stature se tenait derrière moi.

- Je suis Francesco Melzi, vous avez demandé à me voir…. Pour quelle raison ? La question est suspensive, il me scrute intensément.

- Eh bien ! Voilà, je voyage dans ce pays de France et tout ce qui touche les techniques nouvelles me passionne. Comme j’ai appris que le maître Léonard était dans ces lieux, je me suis permis de franchir votre porte.

- Vous connaissez mon maître ?

- Non pas personnellement mais sa renommée seulement, mais vous, fidèle ami, vous pourriez peut-être me renseigner.

- Ami ! Vous allez bien vite, je suis son élève seulement, fidèle compagnon, oui, cela fait tellement longtemps que l’on se connaît, mais sa renommée dites-vous, en quel lieu ?

- En Italie, Florence, Milan.

- Vous êtes Italien ?

- Non mais j’y suis passé dans mes voyages.

- Si, j’ai compris. Un silence passe il se dandine de gauche à droite.

- Je ne sais pas quels renseignements vous désirez savoir ? Je ne suis que son élève comme je vous l’ai déjà dit.

- Mais vous êtes dans ses secrets et  peut-être son successeur.

- Holla ! Nous travaillons ensemble sur des projets que nous demande le roi, mais c’est tout, ses notes, je ne suis pas au courant, ce qui fait je ne suis pas digne de lui succéder comme vous y allez. J’attend encore un petit moment pour poursuivre.

- Vous peignez ?

- Un peu, j’essaie de suivre les conseils de mon maître.

- Pourra-t-il me recevoir ?

- Oh ! Cela va être difficile, car il travaille peu et il se repose souvent. Quelquefois il part se promener dans le parc pour, dit-il, méditer. Je vais voir. Il s’éclipse par une petite porte me laissant seul.

- Aujourd’hui ce n’est pas possible, il attend une visite annoncée depuis plusieurs jours.

- Prenons rendez-vous, quand cela sera-t-il  possible ?

- La semaine prochaine, je note… Quentin…

- Guesdon, je passerai mardi.

- Bien, je vous accompagne à la porte.

-Au revoir et bonne fin de journée.

Après être sorti de la propriété, je redescends vers la ville d’Amboise.

 

Mardi 13 octobre, je tire la chaîne de la cloche d’entrée. Le larbin vient ouvrir, et me fait entrer sans rien demander. Je reste dans cette pièce seul. Francesco apparaît dans la petite porte.

- Bonjour Sieur Quentin, le maître va vous recevoir dans un instant.

- Merci, je demande, il reçoit beaucoup ?

- Quelquefois, ce sont surtout des prélats, des princes et des maîtres d’œuvre, ils viennent de toutes parts et parfois le roi.

- Samedi c’était peut-être l’un d’eux.

- Oui, le secrétaire du cardinal d’Aragon, il lui a signifié que le roi le nommait premier peintre et architecte, pour tous ses projets de constructions.

- Il doit savourer sa notoriété.

- Pas tant que cela, il reste digne et simple. Si voulez me suivre.

Nous passons cette petite porte et nous entrons dans une grande salle. Quelques meubles sont adossés aux murs, une grande table règne au centre de la pièce avec une montagne de parchemins et puis un chevalet dans un angle à coté de la cheminée, avec une toile que je n’ai pas eue de mal à reconnaître : La Joconde. Il était là assis dans un fauteuil, barbu et chevelu comme il est souvent représenté dans ses autoportraits.

- Prenez un siège et approchez-vous de moi, que je vous distingues, dit-il d’une voix nette mais faible..

- Bonjour Maître, c’est un grand honneur pour moi d’être ici.

- Baliverne, je ne suis pas le bon dieu ni même un roi, un simple peintre.

- Et ingénieur, vous me le concéderez.

- Oui, disons que je suis ingénieux, mais que me vaut votre visite ?

- De par l’Europe, vous êtes connu, et m’intéressant à la physique, aux techniques, j’avais une grande envie de vous connaître.

- Vous connaissez la physique, toute la physique ?

- Seulement les préliminaires, petit à petit j‘apprends.

- C’est bien continuez, il faut être curieux.

- En architecture, vous avez élaboré de grands projets.

- Oui mais trop grands pour moi, le roi à des idées grandioses, et çà ne se fait pas, il faut dire que le roi demande des travaux mais n’a pas le moindre financement.

- Pourriez-vous me citer quelques extravagances, si ce ne sont pas des secrets?

- Pour des secrets ce n’en sont plus, par exemple  il m’a demandé un projet de canal entre la Loire et Romorantin,

- Bizarre, qu’y a t-il à Romorantin de si important ?

- C’est là qu’il a vécu sa prime jeunesse et sa mère y possède encore une demeure,

- Il aime bien sa mère,

- Pour elle il m’a demandé, aussi le projet d’un palais qui enjamberait la rivière du coin : la Sauldre.

- Et çà ne s’est pas fait.

- Bien sûr que non,

- Je m’aperçois que le roi aime l’eau,

- Eh oui ! Si je vous disais qu’il avait aussi le projet d’un canal qui réunirait la Loire à la Saône en passant par la Sologne.

- Rien que cela ! Mais là ce n’était pas pour ses besoins personnels, la navigation inter région pouvait développer le commerce.

- Sans ors rien ne se fait, mais pour lui rien n’est trop beau : il construit un pavillon de chasse dans la forêt de Chambord, bon…mais pour réaliser son plan d’eau il a eut l’idée farfelue de dévier la Loire. Non ! Que de travaux inutiles, le cosson tout proche fera l’affaire.

- Cela me semble vous fatiguer tous ces projets ?

- C’est le roi, j’aime bien le travail, les recherches… 

- Le roi doit vous rendre visite quelquefois ?

- Oui, presque tous les jours, il emprunte le souterrain.

- Le souterrain ?

- Oui, entre le château et ce lieu il existe un couloir souterrain qui permet au roi de me rendre visite quand il le désire, même la nuit.

Le maître s’interrompt un instant ayant tourné la tête vers la porte

- J’ai cru entendre du bruit, non, mon esprit me joue des tours quelquefois.

Je continue mes questions.

- Vous n’avez pas d’idée sur l’application de la physique et de la technique.

- Là, vous touchez un point sensible de mes rêves.

- Vous crayonnez bien des notes pour concrétiser vos rêves ?

- Qui vous en a parlé ? Dit-il sur un air méfiant.

- Personne, mais c’est ce que je fais, je pense que vous devez en faire autant.

- Ce sont des idées farfelues, en théorie. Cela ne peut se faire, et pourtant sur le papier çà marche sur le principe mais il manque l’énergie pour que cela fonctionne.

Il s’arrête de parler, son regard se tourne vers la fenêtre, le soleil joue à travers les feuillages du parc. Il reprit,

- Avec les beaux jours, j’apprécie les promenades dans la campagne.

- Vous sentez-vous bien en Touraine ?

- Je pense souvent aux rives de l’Arno ou du Tibre, à Florence où j’ai vécu, et Milan.

- Se sont des souvenirs d’enfance. Vous devez  avoir eu des maîtres dans votre jeunesse ?

- Eh ! Oui…Verrocchio pour la peinture et la sculpture et à Milan avec Ludovic le More, j’ai étudié l’ingénierie militaire.

- La peinture est pour vous le principal but.

- J’ai fait de nombreux tableaux sur commandes,  j’ai d’ailleurs amené quelques-uns avec moi, mes préférés, c’est un passe-temps maintenant, j’en ai d’autres des passe-temps: les anagrammes vous connaissez ?

- Oui.

- C’est une façon de faire travailler l’esprit et de faire passer des messages à quelques initiés, si vous avez un jour l’occasion de regarder des toiles attentivement, vous y trouverez peut-être des évocations de thèmes qui n’ont aucun lien avec le dessin représenté, ils sont disséminés çà et là.

- Vous m’intriguez !

- A vous de trouver, puisque vous aimez les anagrammes, un mélange des visions sur la physique, la vie, l’espace, la religion, en fait la peinture c’est la représentation de choses réelles et irréelles que l’exécutant peint suivant son inspiration.

- Comme par exemple celui que vous avez ici sur ce chevalet.

- Oui, c’est mon préféré, dit-il, se tournant vers La Joconde, il eut un regard de tendresse.

- Elle est belle, je trouve que ses yeux et sa bouche expriment un esprit malicieux.

- Vous avez un esprit critique, c’est bien.

Un moment de silence, il soupire, il me semble que la fatigue s’installe.  

- Je ne veux pas vous importuner plus longtemps, je vous remercie de m’avoir reçu,

- Cela été un bon moment pour moi de rencontrer une personne qui s’intéresse à de nombreuses choses, c’est rare.

- Au revoir maître, et peut-être à une autre fois si vous me le permettez.

- Bien sûr, à bientôt, bon voyage jeune homme.

 Il ne s’était pas relevé de son fauteuil, juste la main levée.

 

C’est un personnage bien fatigué que j’ai rencontré, la maladie lei priva l’usage de ses membres dans ses derniers jours. Le 24 avril 1519 il dicta son testament à maître Bourreau, notaire, et mourut quelques temps après, le 2 mai, dans les bras de ses familiers. Il fut inhumé dans la collégiale St Florentin au château. Ses tableaux, ses cahiers et ses notes d’ingénieur, seront totalement légués à Francesco MELZI, Il légua au roi les tableaux de la Joconde, Sainte Anne et Saint Jean-Baptiste.

 

La reine décéda en 1524 à l’age de 25 ans, Elle eut 7 enfants en 8 ans. Bon vivant François eut de nombreuses liaisons.

Il fut un souverain autoritaire et finissait toujours ses actes par la formule « Car tel est notre bon plaisir » François 1er  mourut à Rambouillet en 1547.

 

 

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