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8- Louis XI au Plessis

 

Le fils de Charles VII et de Marie d’Anjou, est né à Bourges en 1423, comme je vous l’ai déjà relaté, son mariage a eu lieu au château de Tours le 25 juin 1436 avec Marguerite d’Écosse. Pendant sa jeunesse, il fut un enfant assez dur à guider, ses idées sur la direction du gouvernement n’étaient pas toujours du même avis que celles de son père. Il entreprit avec l’aide de quelques  seigneurs, sous le nom de la « Praguerie » une fronde et ils prirent la ville de Loches, mais le duc de Bourbon la reconquit peu de temps après. Pendant la dernière moitié du règne de Charles VII, Louis ne pensait qu’à diviser, il fut invité à se retirer dans le Dauphiné.

À la mort de son père Charles VII en 1461, Louis XI revenu à de meilleurs sentiments, prit les rênes du pouvoir avec sérénité et avec lui une ère  de prospérité débuta. C’était un homme intelligent, réfléchi, habile, quelquefois cynique et fourbe.   

Dédaignant Paris il préféra habiter la Touraine à  Amboise. Mais sa prédilection fut le château du Plessis près de Tours, appartenant à Hardouin de Maillé. Il y mena une vie simple sans grands apparats, les fastes, il les réservait aux solennités : mariages, réceptions.

Voulant en savoir plus sur son règne en Touraine, je me suis permis d’y aller voir de plus  près.

 

L’été étant la saison la plus propice aux voyages, me voici donc à Tours en juillet 1473, ce n’est pas les grandes chaleurs mais la température est très douce.  Pourquoi cette date, parce qu’il a 12 ans de règne et que l’on peut mieux faire une analyse de ses travaux.

Après avoir passé devant l’église de Notre-Dame-La-Riche et de son cimetière, un petit bois de diverses essences d’arbres, s’offre à ma vue. Sur la route je rencontre un charretier avec un cheval quelque peu malingre. Je lie conversation.

- Le bonjour, pouvez-vous me renseigner où mène ce chemin ? 

L’homme arrête sa carriole et me regarde.

- Vous n’êtes pas du coin.

- Non, je voyage, un peu colporteur, mais pour le moment  je vais au Plessis.

- Tiens donc, vous pensez être reçu ?

- Je vais essayer.

- Montez, je vous rapproche, il y a encore plusieurs lieues. Je grimpe à coté de lui et il démarre doucement. J’engage la conversation.

- C’est pas trop dur la vie en ce moment ?

- Oh si ! Heureusement ma ferme dont j’ai hérité de mon père, me rapporte un peu, sans cela je serais réduit à me louer comme journalier, et puis le roi a augmenté la gabelle, j’ai une femme et cinq enfants et bientôt six, il faut les nourrir.

- Louis a bien créé des industries,  la soie en particulier, vous n’avez jamais pensé y travailler ?

- oh non ! Je reste à la campagne je suis chez moi et trop vieux, mes fils peut-être iront-il. Nous arrivons devant un grand chantier, il s’arrête et hoche de la tête.

- Tiens  c’est la dernière nouveauté du roi: relier la Loire avec le Cher, cela permettra aux bateaux de pouvoir faire leur commerce, et moi qui habite le hameau de saint Côme, je dois faire un détour pour trouver un pont, il appelle ça du renouveau.

- Mais cela permettra, quand la Loire est en crue, de pouvoir éviter des grandes inondations. Il me regarde interrogatif. Poursuivant son chemin vers la Loire il me dit :

-  Je vais  passer ce ruau par ici les levées sont praticables pour les charrettes. En effet les rives empierrées se rejoignent presque ce qui permet à un pont en bois d’enjamber ce petit canal. A ma droite une église ou plutôt une chapelle, devançant ma question il me dit en regardant l’édifice :

- C’est Sainte Anne.

Ah oui ! C’est pour cela que ce canal pris le nom du ruau de Sainte Anne.

Nous parcourons le reste du chemin en silence, chacun de nous dans ses pensées. Pour mon opinion, Louis a entrepris ici  un grand chantier qui restera plusieurs siècles en service sous le nom du ruau Sainte-Anne qui disparaîtra en 1843 avec la création du jardin des plantes. Tranquillement nous voici arrivés au centre du bourg, il s’arrête.

- Je vous descends ici, vous êtes presque arrivé, les arbres que vous voyez à notre gauche, c’est le début de la forêt du Plessis, il suffit de prendre l’allée qu’on voit là.

- Merci de votre bonté et bonne journée.

- À vous aussi et bon courage. Il lève la main et repart doucement.

Je m’engage dans la forêt. L’allée s’élargit et je me trouve maintenant dans une clairière, la croisée de plusieurs chemins. Suivant mon sens de l’orientation, je prends cette large route vers le sud. Un ensemble de bâtiments se découvre devant moi.  Des gens avec des chevaux vont et viennent occupés à leurs affaires. Un homme en armes se dirige vers moi, je m’arrête et attends qu’il soit à ma hauteur.

- Que faites-vous ici ?

- Je suis un messager, je voudrais voir quelqu’un du conseil.

- Vous êtes à pieds ? Dit-il soupçonneux.

« Mon cheval est blessé, je l’ai laissé au maréchal.

- Qui voulez-vous voir ?

- Si c’était possible, le conseiller du roi Philippe de Commynes. Il me regarde lentement  de la tête aux pieds en bougonnant.

- Je vais voir ce que je peux faire, restez là.

En attendant, je remarque ce grand bâtiment à ma gauche qui est encore visible en partie de nos jours, en face, le corps de cette construction de deux étages, en retour possède des linteaux en arc de cercle au rez-de-chaussée, dans l’angle une tour hexagonale et encore en retour une petite bâtisse. J’entrevois au-dessus des toits, le clocher de la chapelle. Les valets continuent leurs occupations sans faire attention à moi. Mon interlocuteur revient avec une personne que je soupçonne être un maître de valet.

- On me dit que vous voulez voir de Commynes, mais il  est très occupé, est-ce urgent ?

- L’urgence, il n’y a que lui qui peut en juger, j’ai un message verbal à lui entretenir et que lui seul peut entendre. Je m’enlise doucement dans mes mensonges. Cette personne est très indécise de cette situation, il y a un moment de flottement silencieux, il me fait signe de le suivre, le soldat s’éloigne. Nous entrons par une petite porte et après un long couloir, nous voici dans une grande pièce, avec de hautes fenêtres et une cheminée.

- Attendez moi-là, dit-il d’un air péremptoire. J’en profite pour observer le reste de la salle : le sol parqueté, des tentures aux murs, un bahut, des chaises avec des hauts dossiers bien droits, enfin un lustre à chandelles. La sobriété semble être de mise dans cette pièce. Le maître de valet revient avec un homme que je pourrais deviner être un soldat, celui-ci se permit de me fouiller méticuleusement sous le regard  du valet. Une fois terminé, les deux hommes repartent par où ils étaient arrivés. Un bon moment après, un autre valet vient me chercher. Je suis présenté à une personne encore jeune, le visage rond, cheveux mi-longs sur les épaules, taille moyenne pour l’époque et on peut dire un léger embonpoint naissant. Après un regard soutenu quelques instant il s’adresse au valet.

-  C’est bien, vous pouvez vaquer. Se retournant vers moi il demanda :

-  Comment vous appelez-vous et quelle est votre mission ?

- Je m’appelle Quentin Faubert et je suis un voyageur, je me suis permis de venir vous rendre visite pour mieux vous connaître et…

- Mais enfin ! On m’a dit que vous aviez un message pour moi, remettez-le-moi !

- Ne vous fâchez pas, j’ai utilisé ce subterfuge pour vous approcher, vous êtes bon, dévoué, plein d’ambition c’est pour cela que le roi vous comble de ses faveurs…  Il eut un geste de la main m’imposant de me taire, le silence dans la salle est devenu pesant.

-  Et alors ?

- Si vous aviez un peu de temps à me consacrer, je voudrais que vous me parliez du roi. Un instant, j’ai eu peur de sa réaction, mais il s’est radouci, il me fit signe de m’assoire.

-  Un instant j’ai pensé que vous veniez m’espionner pour le compte de Philippe,

- Philippe ?

- Oui Philippe celui que l’on surnomme  « Le Bon »

- Soyer tranquille, je ne connais pas ce personnage, ainsi que Charles dit le « Téméraire », vous avez été  à leurs services, je crois ?

- Vous connaissez autre chose de moi ?

- Peu en vérité, vous êtes jeune, l’avenir est devant vous, ce que je sais c’est que vous avez connu Louis lors des entrevues de Péronne en 1468 et que vous l’avez rejoint l’année dernière.

II m’écoute attentivement, il a un petit sourire crispé que je ne sais interpréter : de l’intérêt ? De la méfiance ? Poursuivons.

- Vous êtes maintenant son chef de cabinet et conseillé, c’est bien et cela en peu de temps.

- Assez parlé de moi s’il vous plait, si j’ai bien compris vous vouliez savoir comment se comporte le roi.

- Surtout ses travaux pour la Touraine, j’ai vu le chantier du ruau c’est énorme.

- Oui ! Mais aussi le renforcement des levées de la Loire, les routes sont plus carrossables.

- Les soieries ?

- Après Lyon, il entrepris de fonder à Tours une manufacture de soierie, cela fonctionne bien et redonne une prospérité à la ville, il a fait venir des ouvriers qualifiés de Lyon pour encadrer les jeunes novices.

- Où est-elle placée ?

- Au bord de Loire à l’hôtel de la Clarté Dieu rue Monfumier.

- Je ne connais pas, j’irai voir sur place.

- Mais cela ne s’est pas fait sans mal, il a demandé à la ville d’avancer les fonds ce qui a généré des réticences. Maintenant il a institué un corps de ville avec des statuts, nommé un maire dans une mairie, il s’appelle Jean Briçonnet c’était le receveur général des finances,

- Le roi est-il présent ?

- Non actuellement il chasse  le cerf à Amboise, je vais le rejoindre ces jours-ci,

- La reine lui a donné un fils je crois,

- Il va avoir trois ans, il s’appelle Charles.

- Futur roi ?

- C’est le dauphin, l’avenir nous le dira.

- Je vous remercie de votre gentillesse, je vais prendre congé, me permettez-vous de solliciter d’autres entrevues dans l’avenir.

- Oui bien sur, mais prenez rendez-vous la prochaine fois, bonne route et que dieu vous bénisse.

 

Je sors du château et reprend  le chemin en sens inverse vers Tours. Après avoir passé la porte de la ville, je me trouve dans la rue principale avec des maisons en encorbellement, ossatures bois, certaines sont recouvertes d’ardoise comme celle que je reconnais à l’angle d’une rue, berceau de mon enfance au vingtième siècle, je poursuis mon parcours dans une foule de chalands, d’hommes à cheval, pour me trouver au carroi des Chapeaux. Je l’ai connu dans mon enfance sous le nom  de place Plumereau, mais elle est plus petite, l’agencement des ruelles est un peu différent. En face de moi, une ruelle qui se nomme encore rue de la monnaie, c’est là dans ces fonderies, que sortait la pièce d’or : la livre Tournois en opposition à la livre Parisis frappée à Paris.

 Là je demande mon chemin à des gamins, la fameuse rue Monfumier. Ils m’indiquent de continuer par la grand-rue et qu’il faudrait compter quatre rues à gauche. Je trouve bien vite cette rue qui s’appelle maintenant Constantine. Effectivement dans cette rue étroite et descendante vers la Loire, une grande activité de charrettes, des fardiers de toutes sortes, des chevaux, des hommes fourmillaient dans tous les sens, signe de la réussite du projet.

Un groupe de trois hommes, pas loin de moi, rient de bon cœur. Je m’approche d’eux sans avoir l’intention de les accoster.

- Eh! Tu sais pas la nouvelle de Louis, dit l’un d’eux,  la nuit il t’faudra un lampion pour être dehors.

- Ha ! Ha ! Et tu t’le mets où ?

- Ha ! Ha ! Ha !  Repris en chœur. Voyant mon intérêt à leur conversation on me lance :

-  Eh ! Toi tu fais la cloche. Hilarité de l’ensemble. Après un temps de répit, je leur demande ce qui les faisait rire, reprenant un peu leur sérieux, ils me racontent.

- Tu connais pas la dernière de Louis, il trouve que la nuit des malfaisants troublent le repos des gens et projettent des larcins de toutes sortes, il a créé un fonctionnement des guets plus strict pour veiller aux portes de la  ville et nul n’ira la nuit sans lumière depuis le son d’une cloche, A chaque maison il faudra mettre une lanterne jusqu'à la mi-nuit.

- Parce que, la nuit dans les rues, c’est pas sûr ?

- On le dit, c’est des racontars, nous on aime bien la nuit, ha ! Ha ! Surtout à l’estaminet.

- ha ! ha ! ha !  Reprise de rires des autres compagnons.

- Et c’est tout ?

- Non, il va y avoir des patrouilles du soir au matin, c’est moins plaisant. Il avait dit çà avec sérieux en regardant les autres. Ils m’avaient l’air  pas très convenables ces individus. Je les ai  remerciés et je suis parti.

J’ai quitté cette époque mais j’y retournerai.  

 

 

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