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3- Les Carolingiens

 

Je poursuis ma narration sur l’évolution de la situation de notre province.

Charlemagne, empereur cultivé, énergique, savait gouverner avec génie, ses « capitulaires », sortes d’ordonnances, montrent sa vigilance aux affaires de l’administration. Il fit de Tours, un véritable foyer de culture intellectuelle. Alcuin, curé de Saint Martin, n’en fut pas étranger, il a eu d’ailleurs sa sépulture dans son église. L’école Martinienne  d’où sortirent de nombreux ouvrages calligraphiés, des enluminures qui ont disparus. Je suis allé y faire un tour.

 

Me voici dans les lieux, environ entre les deux bourgades au bord sud de la Loire que je connais pour y être déjà passé. La plaine est cultivée et des laboureurs s’affairent à leurs besognes, je hèle l’un d’eux,

- Eh ! l’ami. Il s’arrête et en s’essuyant le front, jette un regard vers moi :

- Ouai ! que voulez-vous ?  Je m’approche

- Le bon jour, Je suis un voyageur et je voudrais savoir quels sont ces deux villages ?

- oh j’ai bien vu que vous n’étiez pas du coin, vu votre accoutrement, il dit ceci avec un regard se promenant de la tête aux pieds.

- Eh bien il y a Tours à l’est et puis à l’ouest il y a notre église dédiée à notre regretté évêque Saint-Martin.

- Mais il y a des maisons aussi ?

-Tours est trop petit pour accueillir tout le monde alors beaucoup se sont installés sous la protection de Saint-Martin.

- J’entends des rumeurs. Il y a une fête ?

- Çà doit être le roi qui part à la chasse, le souverain nous a gratifié de sa présence ces jours-ci,  tous les jours il chasse avec son épouse et les seigneurs des environs.

- On est en l’an 800 !

- Eh ben oui ! Vous êtes très étrange, bon je continue avant que la pluie nous tombe dessus, et là le laboureur repris son travail.

- Merci l’ami.

Je prends la décision de me diriger vers l’église qui se profile à l’horizon avec quatre tours de hauteurs variables. La grande nef est impressionnante, mais plus je m’approche, plus elle a l’air de se rapetisser, c’est un effet de perspective,  enfin elle est magnifique. A ma dernière visite, vu les événements, je ne l’avais pas remarquée. Dans le bourg c’est l’effervescence, les habitants sont à la fois accablés et exaltés. Une femme près de moi m’interpelle.

- C’est pas dieu possible, c’est un grand malheur.

- Oh oui ! dis-je, pour ne pas révéler mon ignorance.

- Avec ce froid elle aurait dû faire attention.

- C’est vrai la saison est froide, il faut prendre des précautions. Un homme s’approche de nous.

- Il y a une rumeur qui dit qu’elle est morte.

- Quoi ! oh non ! C’est pas dieu possible, répète la femme, elle me regarde éplorée.

- La femme de mon bon roi est morte chez nous, la misère est sur nous.

-  Sa femme Luitgarde ?

- Eh ben oui, elle a pris froid lors d’une chasse dans les forêts des environs et maintenant elle est morte.

 Je prends un air triste et je m’éloigne du couple. La foule était maintenant accablée. Deux jours plus tard une procession eut lieu autour de l’église pour la circonstance des funérailles de Luitgarde. J’appris, par une rumeur, qu’à la ville de Tours la consternation avait été de mise et que les églises étaient en prières. Elle fut inhumée dans une crypte située sous la partie nord de l’église Saint Martin. Charlemagne reprit son voyage, et moi aussi.

 

Lorsque Charlemagne fit le partage provisoire de son empire, la partie sud de la Touraine fut définitivement reliée à la couronne. Le gouvernement  de la province fut confié à Hugues puis à Robert qui se chargèrent avec habilité de suivre les instructions de Charlemagne et de Louis son fils. Ils améliorèrent les levées de Loire et assurèrent l’entretien des voies de communication.

 

Les Danois et les Normands firent des incursions répétées dans l’empire, devenu trop grand. Vers 840 ils firent le siège au sud de Tours, les habitants avec leurs ferveurs et les prières à Saint Martin les repoussèrent  dans les plaines au sud de Tours et d’Amboise en achevant leur défaite. Ces plaines ont été appelées « belles ou beaux »  A plusieurs  reprises, leurs équipées sauvages brûlèrent Bléré et Amboise, Charles le chauve vint à Tours pour maintenir les Normands qui reparaissaient, saccageant Marmoutier, pillant Saint Martin.

 

Charles le chauve partagea ses états en douze provinces, Robert le Fort eut la garde des rives de la Loire, puis fut nommé comte de Tours. Sa mission était de réparer les désastres causés par les Normands. A sa mort ses fils Hugues, Eudes et Robert continuèrent la tâches. Le comte Hugues II étant mort, c’est Eudes qui pris possession du comté et devient roi de France. Son frère Robert abbé à Saint Martin devint comte de Touraine.

Des travaux de rempart furent exécutés autour du quartier Martinien, en effet seule la partie de la ville autour de la cathédrale possédait l’enceinte gallo-romain. Ce qui fut fait et le bourg constitué s’appela « Martinopole ou Châteauneuf »

 

La Touraine traversa de nombreux soubresauts, d’invasions, de querelles et rivalités entre familles. Le comte d’Anjou, Foulque Nerra, excellent stratège, fit bâtir un réseau de donjons pour commander les voies de communication : à Montbazon, à Loches, à Montrichard, à Châtillon-sur-indre, Semblançay et à Langeais en 984 dont une partie reste encore visible qui fut conservée lors de la construction du château actuel. Nanti de ces points stratégiques, il  fit le siège de Tours et s’en empara malgré une farouche résistance. En représailles, le comte Eudes à son tour, assiégea le château de Langeais en 995 et celui de Montbazon. Un combat meurtrier s’engagea entre les deux antagonistes sur la commune de Pontlevoy. Le comte d’Anjou resta vainqueur et resta maître de la ville d ‘Amboise. Eudes et son allié Henri, fils du roi de France, tenta à plusieurs fois, de reprendre le contrôle de cette ville.

 

La capitale de Touraine avait un pont de bois qui réunissait les deux rives, celui-ci avait modifié le pont de bateaux, mis en place par les Mérovingiens. Eudes entreprit de le remplacer par un pont de pierre. Les piles de ce pont reposaient sur des radiers solidement ancrés. De nos jours, on peut encore les voir émerger lors des mortes eaux de la Loire.

 

Pendant ce temps l’esprit humain développait sa culture c’est ainsi que le savant Gabert inventait l’horloge à balancier.    

 

 

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