1- Les Turons
La Touraine, pays où il est agréable
de vivre, avec ses forêts ombragées, ses vertes vallées arrosées par de
nombreux cours d’eau : la
Loire, le Cher, la
Vienne, l’Indre, la
Creuse et tous leurs affluents. Un sous-sol appartenant à la
formation du secondaire, caractérisé par le terrain crétacé à la roche tendre
et blanche, appelée « tuffeau » dont les Tourangeaux se sont
habilement servi pour leurs constructions. C’est une région qui a attiré
pendant les migrations successives des peuples d’Orient, d’Occident ou
Nordiques. Les Celtes ont conquis toute la
Gaule . Les différentes tribus avides de pêcher et de chasser
se fixèrent dans cette contrée fertile et ont formé le peuple tourangeau. Les
pierres taillées ou polies retrouvées partout dans la région témoignent de leur
savoir-faire. Le Grand-Pressigny est connu pour ses ateliers. Autres monuments,
les menhirs, les dolmens, les chambres funéraires recouvertes de terre sont les
vestiges de civilisations déjà structurées par des règles de vie et
religieuses.
Comme
de coutume, j’ai donc effectué un voyage dans le temps pour découvrir cette
population.
J’ai
choisi d’arriver en été pour plus de commodité, je suis frileux de nature. Mon
calendrier me situe vers –100. Je me trouve dans une forêt luxuriante qui doit
se situer sur le plateau nord de la
Liger. Beaucoup d’oiseaux en ont fait leur territoire,
sûrement aussi des gibiers à poil. A ce moment, j’entends comme un bruissement
sur ma gauche, je m’accroupis derrière une futaie et j’attend fébrile, pas très
courageux. Quelques secondes passent comme une éternité. Le bruit des
frottements des feuillages s’amplifie, je me tasse un peu plus. Un énorme
sanglier se fraye un passage dans ces fougères, une laie, car deux petits
marcassins la suivent. Je dois être sous le vent car aucune inquiétude de sa
part. Belle bête, au moins un mètre au garrot. Après quelques instants, je me
dirige vers le sud péniblement à cause des adiantes géantes qui tapissent un
sol humide. Je trouve une trace au sol qui ressemble à un chemin. Je
l’emprunte, la pente est douce et régulière. Je me trouve maintenant à un
carrefour, signe que les autochtones se déplacent et créent des sentiers et
peut-être des voies plus importantes. Je tourne à gauche sur cette piste qui
m’est offerte, une descente très rapide. Les arbres, des chênes, des peupliers et
des espèces qui me sont inconnues, s’espacent de plus en plus. Enfin une plaine
s’offre à moi, au loin un cours d’eau,
vu sa largeur c’est la Liger
qui prendra plus tard le nom de Loire.
A l’horizon, je distingue des petites futaies d’arbrisseaux çà et la, à perte
de vue et des huttes sur pilotis mais qui me semblent inhabitées. Pas âme qui
vive, je me sens un peu seul, un frisson me parcourt tout le corps. Comment
vont réagir les habitants de cette contrée que je vais certainement rencontrer. La poursuite de mon chemin dans
cette plaine herbeuse vers la
Liger se passe sans encombre. Maintenant je longe celle-ci en
remontant son cours et je découvre un coteau à ma gauche. Coteau crayeux comme
je m’attends à trouver puisque j’estime ma position vers le futur bourg de Rochecorbon. Des alvéoles creusés dans la
roche doivent servir de logements aux habitants comme il en existe encore de
nos jours. J'aborde un de ces trous par un petit raidillon.
Me voici sur une place où jouent deux enfants.
Enfin de la vie. Au fond dans la roche creusée, je distingue deux femmes
assises sur une pierre. Je m’arrête pour observer la scène. L’une d’elles
lève la tête dans ma direction et, me
voyant, est prise de panique, se lève et court vers les enfants. Elle est là,
les entourant de ses bras et me faisant
face ; elle me parle dans un langage que je ne comprends pas. Je lui
souris, les bras écartés, pour lui faire comprendre que je viens en ami. Elle
continue à dégoiser des paroles, en regardant tour à tour dans ma direction et
l’autre femme qui est restée assise. Avisant un tronc d’arbre sur ma droite, je
me déplace très lentement vers celui-ci, je m’assieds. Je cherche dans une
besace, que j’emmène toujours avec moi, mon traducteur simultané, mais je suis
perplexe : quelle langue parle-t-on par ici ? Avec le mélange de tous
ces peuples. Si ce sont des Celtes je peux me risquer en breton.
- Ouah !
Pris dans mes réflexions, je ne me suis pas
aperçu que la situation avait changé autour de moi : quatre hommes se
tiennent à dix pas de moi et qui m’observent en silence. Ils sont grands,
sveltes, des cheveux blonds et longs, les yeux bleus, une légère barbe blonde,
à la ceinture ils portent ce que je pense être un couteau.
- Le
bon jour, que les dieux soient avec vous, dis-je sans conviction.
Pas de réactions, il semble qu’ils n’ont pas
compris. Ah si ! l’un d’eux s’approche de moi, il porte un torque autour
du cou, ce doit être le chef du village, il baragouine :
-
..qui es-tu… étranger.. ? Pas formidable ma traduction mais il faut faire avec. Je me suis levé
-
un voyageur
-
..aime pas ..voyageurs
-
mais je viens en ami
-
…appel.. vous ?
En
me frappant la poitrine je dit :
-
Moi Quentin et vous ?
-
… Contin ?
-
Oui si vous voulez, un instant de silence, il regarde ses compagnons.
-
Mi.. Amalric » et me montrant les autres :
- Yanmec,
Cedric, Fanomir, J’incline la tête à
chaque nom pour leur faire voir que j’ai compris. Amalric continue,
-
… viens … de chez … Pictons ? je fais un signe de négation avec la
tête et un geste d’élévation avec la main en disant,
-
non, bien plus loin,
-
… que venir … nous voir ?
-
Oui !
J’acquiesce de la tête, il me fait signe de
m’approcher. Nous formons un cercle autour d’un feu avec les femmes et les
enfants qui se sont joints à nous, mais je ressens comme de la méfiance malgré tout.
L’entretien
est long, car la traduction est médiocre, mais j’ai appris que le nom qu’ils se
donnent est très ancien : les Turons. Cela viendrait si j’ai bien compris,
du moment où ils habitaient dans la vallée de la
Loire et du Cher, il y a bien longtemps. Ces cours d’eau
souvent en crue ont nécessité de surélever leurs habitations sur des pilotis ou
palafittes, ce sont les cabanes que j’ai aperçues lors de mon arrivée. Les
habitants du Nord les appelaient les dours ou tours qui par la suite se sont
transformé en turs ou Turons. Maintenant ils ont abandonné ces cités lacustres qui avaient pourtant l’avantage de
les protéger des bêtes comme les sangliers et les ours. Dans ces grottes creusées
dans les coteaux ils sont à l’abri des eaux qui les surprenaient.
Ils
sont gentils, non belliqueux, vivent en clans de plusieurs familles, la
nourriture est abondante, pêche, chasse et cueillette sont actuellement leurs
seules ressources et distractions.
J’ai
pris congé et je reprends mon voyage dans le temps. Je serai resté plus
longtemps dans ce siècle, mais j’ai hâte de voir la transformation du pays
après l’invasion des Romains.
La Gaule
Maintenant
la Gaule est
envahie par les Romains, les Turons ont
participé à la résistance de l’envahisseur en envoyant huit mille hommes
rejoindre le généralissime Vercingétorix à Alise en Bourgogne pour l’ultime
bataille. Les Andécaves et les Pictones ( Angevins et Poitevins) ont également
payé un lourd tribut en vies humaines. On connaît l’issue de ce siège, mais les
chefs Florus et Sacrovir ont préféré la
mort que de se soumettre comme l’a fait Vercingétorix.
Les
Turons se sont regroupés sur la rive droite de la
Loire dans des habitations troglodytes, les Romains se sont
installés sur la rive gauche. Ils ont construit des villes, des conduites
d’eau, des routes, des édifices civils et religieux, des thermes ,sans oublier
l’amphithéâtre pour les jeux et les représentations. La
Touraine profite d’une civilisation inconnue jusqu’alors et
entre dans une ère nouvelle. Une ville ainsi créée par les Romains s’appelle
CÆSARODUNUM . Elle se situe sur la rive gauche du fleuve. Sur la rive droite,
le bourg formé par le peuple gaulois vivant dans ses habitations troglodytes,
l’appelle Turonne. Les Turons font partie de la
Gaule dite celtique. Turonne
devient en l’an 150, la capitale de la
IIIe Lyonnaise
(Division Romaine de la
Gaule).
La Touraine fut sillonnée par des
voies de communications stratégiques, c’est ainsi que furent créés les voies au
Sud ,vers Poitiers en passant à
Pont-de-Ruan et vers Bourges, à l’ouest vers Angers, à l’est vers Orléans tour
à tour rive gauche, rive droite de la
Loire, au nord vers Le Mans.
La
religion chrétienne prit définitivement racine en Touraine et le premier apôtre
connu se nomme Saint Gatien. Le cimetière des premiers convertis se situait à
l’emplacement de l’actuelle église Notre-Dame-La-Riche.
Vers
les années 295, la révolte des Bagaudes menaçait la
Gaule, les Romains fortifièrent leurs villes, ainsi, la
capitale tourangelle fut-elle entourée d’une enceinte.
Avec
l’arrivée de Saint Martin, ancien soldat romain devenu évêque, la région vit la construction d’édifices religieux
s’installant parfois sur des lieux païens. Les églises et les monastères seront
des refuges pour la population livrée aux révoltes en tous genres. En Touraine,
Marmoutier, créé par Saint Martin, et la grande basilique construite vers 470
par l’évêque de Tours Perpet et portant le nom de Saint Martin, furent de
précieux endroits de repli face aux envahisseurs tels les Wisigoths qui
sévissaient en ces temps-là.
La
puissance de ce peuple installé en Gaule, au sud de la
Loire, fut ébranlée
par l’action des Francs guidés par Clovis. De nombreuses batailles
mirent fin à la conquête de ces peuples venus de l’Est.