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Le
dauphin Charles n’a que treize ans, c’est sa sœur Anne de France marié avec
Pierre de Bourbon Sire de Beaujeu en
1474, qui lui tint de tutrice. Philippe
de Commynes est nommé au conseil de
régence. Le dauphin est chétif, a une grosse tête et rêveur de bonne nature
comme de dépeint Philippe de Commynes. Il eut un Bourguignon comme précepteur,
Philippe Pot qui s’était rallié à Louis XI. Les Etats-Généraux tenus à Tours
de janvier à mars 1484, proclamèrent
Charles VIII majeur. En 1491 il se maria avec Anne de Bretagne au château de
Langeais, récemment construit, les fiançailles avec Marguerite d’Autriche ayant
été déclarées nulles. Anne donna le jour à un garçon : Charles-d’Orlant en
1492. Sa venue à Tours, avec la reine, fut l’occasion de festivités dont les
Tourangeaux raffolaient. D’ailleurs cela m’a permis de faire un petit voyage.
Me
voici à Tours, le temps est sec et très froid, cela n’empêche nullement une
foule d’être présente sur le parcourt
du cortège formé par le roi et
ses accompagnateurs. Je me faufile parmi les suivants.
- Eh !
Toi ou vas-tu ? Je me retourne, il y a là une jeune femme, la trentaine,
engoncé dans un grand manteau à capuche qui marchait d’un pas décidé. Je regarde autour de moi, c’est bien à moi
qu’elle s’adresse.
-
C’est à moi que tu parles.
- Eh ben oui ! Comme si dans cette foule c’était évident.
-
Je suis le cortège du roi,
-
Vu ton accoutrement t’es un étranger.
Allez
encore les vêtements, il faudra renouveler ma garde robe.
- En effet, je voyage et j’ai entendu dire que
c’est la fête dans la ville.
- Ouais ! C’est en l’honneur de Charles,
notre roi, de la reine.
- Que va-t-on voir ?
- Puisque t’es curieux, t’a qu’a suivre et tu
verras.
Après
avoir passé le pont de pierre, près du château, j’aperçois une estrade dressée.
Apparemment c’est une représentation
théâtrale qui va avoir lieu.
- C’est
quoi qu’on joue ?
-
Mystères d’Octave et des Sibylles. Me
lance la femme de tout à l’heure. A la vue de mon air interrogatif, elle
rajoute :
-
Tu connais rien, pauvre de toi,
- Ça parle de quoi ?
- Des phénomènes qui se sont produit à la mort
de Jules César.
- Tiens donc ! Les personnages
évoluant sur l’estrade, étaient tous habillés avec des vêtements en dentelle de
couleurs bordées avec des rubans dorés.
Je fis une remarque :
-
Ils ne doivent pas avoir chaud avec leurs robes en dentelles,
- En dentelle ! Tu n’y connais rien en
tissus, c’est de la soie, du taffetas de Fleurance.
- Les figurants ont quand même des gants.
- C’est du chevretons.
- C’est riche. Elle me regarde en biais.
Sur
la scène, on peut voir quelques objets en accessoire : un berceau, une
lanterne, un chapeau en cire, un rosier en cire et un cierge en cire blanche,
bizarre. Quelques moments après, la
foule se dirige vers une place que je croie reconnaître : la place
Foire-le Roi. Là aussi une estrade était dressée.
-
Et ici que joue-t-on ? » La femme répondit :
-
Le mystère du roi Salomon et de la reine de Saba.
-
A là je connais les personnages.
Sur la scène, sept personnages évoluent vêtus
de robes de soie. Salomon porte une robe de drap d’or doublée de fourrure, je
m’adresse à la femme :
- C’est
quoi la fourrure ?
-
Vraiment tu n’y connais rien, c’est de l’hermine,
- Ça c’est cher,
- Environ trois écus d’or.
Salomon est assis sur un trône surélevé de
six marches, près de lui un meuble vaisselier. Quatre ménestrels jouent de
leurs instruments. Je commence à avoir froid aux pieds si on ne marche pas de
si tôt. Enfin la représentation se termine et l’ensemble du cortège se dirige
dans la grande rue que je reconnais par endroit pour l’avoir déjà parcouru avec
Jeanne, ce sera la future rue Colbert. Arrivé au "Carroi" Jean de
Beaune où l’on joue Le Mystère des neuf "pieuses". Là encore les
personnages sont habillés avec des robes en taffetas de couleurs. Une compagnie
de ménestrels joue de leurs instruments. Maintenant nous arrivons devant une
grande bâtisse, je demande :
- Cette
maison c’est quoi ?
-
C’est l’hôtel de ville, le maire y habite.
- La personne que je vois à la porte c’est
lui ?
- C’est le Duc Pierre de Bourbon.
- Ah oui ! Celui qui est marié avec Anne
de Beaujeu.
- Eh bien ! Tu en connais quand même des
choses.
Au
"carroi" des chapeaux, que je reconnus tout de suite pour y être
passé il y a quelques temps sous Louis XI,
une estrade est aussi installée.
-
Que doit-on voir ici ?
-
Là je ne sais pas, réponds la femme que j’avais suivie. Elle demande autour
d’elle à qui pourrai la renseigner.
- Le
mystère de Sainte Anne, dit-elle sans rajouter de commentaires. En effet les actrices entre en scène,
toujours habillées en taffetas de
couleurs, huit petites filles portent chacune un écriteau, Trois
ménestrels jouent dans un coin de la scène. On peut admirer le décor fait en
tapisserie.
Maintenant
nous nous dirigeons vers l’église de Notre-Dame-La-Riche, nous passons devant
cette maison où le dauphin Louis est censé avoir vécu dans sa jeunesse. Devant
le portail de l’église, Anne de Bretagne est présente pour la représentation du
Mystère d’Assuéras, La femme était
toujours avec moi.
- Ça
te plait ?
-
Oui, mais ils auraient pu faire ces représentations en été.
- Mais aussi en été on fait la fête, tu n’as
qu’à revenir.
Sur
la scène il y a une reine avec ses demoiselles d’honneur, un berger et sa
bergère, six «pastoureaux » vêtus
de robes de serge blanche, la scène est recouverte d’un drap bleu.
-
Cela a coûté très cher à la ville.
-
Sûrement, j’ai déjà entendue dire que la ville avait déboursé
- je vais vous quitter et reprendre la route,
merci pour ces renseignements, je reviendrai plus tard. Je partis vers l’Ouest
sachant que mon retour sera dans un autre siècle.
Charles
habitait à Amboise, il y est né, vécu son enfance et y était resté. Son esprit
rêveur et chevaleresque, lui permis d’assouvir ses rêves de grandeur. Il
embellit le château et fit venir les plus grands artistes du moment :
Regnart, Françoys, Dominique de Cortone, le peintre Bourdichon, les sculpteurs
Michel Colombe, Regnault et Guido
Massino dit Paganino et bien d’autres . Il engagea des maîtres dans tous les
métiers. La résidence de Charles devint bientôt trop petite pour loger toute sa
cour et ses maîtres dans tous les arts. Il décida d’agrandir le château. Il
désigna Raymond de Dezest de diriger les travaux. Plusieurs maîtres maçons
furent engagés : Louis Armanjart, Colin Biart et Guillaume Serault. Les
travaux s’avancent très vite souvent de nuit à la lueur des chandelles. C’est
ainsi qu’il fit aménager en façade le logis du roi, réaliser la tour des
minimes et la chapelle Saint-Hubert.
Lors de ses voyages en Italie pour ses affaires d’État, il ramenait avec lui,
tailleurs de pierres, décorateurs et pleins d’objets divers dont il raffolait.
Philippe de Commynes prit part avec quelques princes à la ligue contre la famille
Beaujeu. Il fut emprisonné à Loches, dans la même cage de Balue, puis à Paris.
En 1493, Charles XIII le rappela pour assister à la négociation de Senlis.
Le 7 avril 1498, se précipitant pour
rejoindre la reine, il heurta un linteau de porte dans la galerie Haquelebac,
il est vrai un peu bas. Le soir il mourut d’une congestion cérébrale. Il ne
laissa pas d’héritier, son seul fils Charles-d'Orlant était décédé en 1495, c’est son cousin Louis
d’Orléans qui lui succéda sous le nom de Louis XII.